5/05/2012

Refuser de négocier par calcul électoraliste


Fin d’un conflit

http://bit.ly/IwVz4s 

Je ne connais pas l'issue de la négociation entre les étudiants et le gouvernement. Une entente est intervenue et on en connaîtra le contenu une fois que les étudiants auront voté. Une chose est certaine, pour qu’il y ait eu une entente de principe à la table de négociation, il faut que de part et d’autre on ait bougé substantiellement pour arriver à une entente. Voilà un joli pied de nez à tous ces «jusqu’au-boutistes» qui de part et d’autre s’encourageaient à ne pas céder d’un pouce et refuser toute concession.

On saura lorsqu’on verra les termes de l’entente si elle a été menée intelligemment de manière à profiter aux deux parties et leur permettre d’atteindre tous les deux leurs objectifs ou si cette entente a été arrachée de force en écrasant à toute fin pratique une des deux parties. On peut certainement se souhaiter qu’elle ait été conclue de façon intelligente si on veut une paix sociale durable.

Quelle aura été la part due à la présence des chefs syndicaux? J’entends déjà les anti-syndicalistes crier au vol et à l’usurpation des rôles.  Je crois le contraire, ces chefs syndicaux sont rompus à la négociation et aussi durs soient-ils, ils savent voir une ouverture et saisir une main tendue, ce que les porte-paroles des étudiants, par inexpérience, n’étaient peut-être pas en mesure de faire.

Je crois que c’est une bonne décision d’avoir convoqué ces dirigeants syndicaux à la table de négociation, de même que le représentant des universités et celui des CEGEP. On le sait, il y a du ménage et des orientations à prendre dans l’organisation de l’enseignement supérieur. Les revendications des étudiants à l’égard de la gestion des universités ne sont pas anodines, elles peuvent très bien représenter une alternative importante dans le dénouement de cette crise. Comment alors ne pas entendre en même temps ceux qui dirigent les universités et ceux qui représentent les syndiqués qui y travaillent.  Le gouvernement a mandaté son négociateur pour asseoir tout le monde ensemble, c’est bon signe et je ne serais pas surpris que l’entente reflète un travail intelligent de toutes les parties pour 1- convenir qu’il y a quelque chose à faire, 2- faire chacun, en toute bonne foi, un bout de chemin pour assainir la gestion financière des études supérieures et les financer sans ajouter indûment tant sur les épaules des étudiants pendant qu’ils sont aux études et qu’ils ont peu de ressources que sur les épaules des contribuables.

Si on arrive à dénouer cette crise sociale de cette manière, il faudra juger sévèrement ce gouvernement, qui ne peut certes pas invoquer son inexpérience en négociation avec tous les stratèges qui s’y trouvent. M. Charest, dans son entêtement habituel, a voulu casser les étudiants. Il les a provoqués par son refus obstiné de négocier sur une autre base que sa hausse de frais voté au parlement. Il les a provoqué par son attitude fermée, ses blagues de mauvais goût, son refus d’accepter le porte-parole de la CLASSE, par son argumentaire étriqué sur la juste part,  l’investissement dans son avenir, sur le fait que personne ne perd au change avec une bonification des prêts et bourses. Si seulement il avait écouté les arguments des étudiants et ceux de plusieurs acteurs de notre société qui ont déboulonné les uns après les autres ses arguments, M. Charest aurait fait preuve d’intelligence et de leadership. Puisque faire la part des choses, c’est essentiel lorsqu’on dirige, il faut éviter tout dogmatisme et entendre surtout ce que les opposants ont à dire plutôt que de répéter ad nauseam ses lignes de communications en espérant qu’on les aura à l’usure.

Je suis heureux qu’on ait trouvé un terrain d’entente et j’espère que les étudiants sauront saisir là l’opportunité qui se présente. Près des 2/3 de la population n’appuierait pas la cause des étudiants, ça fait beaucoup de monde qui réclameront de leur rentrer dedans si d’aventure les extrémistes du côté étudiant réussissaient à renverser l’entente de principe. Déjà qu’un nombre important de gens ultra-conservateurs ne manqueront pas de clamer que le gouvernement ne s’est pas tenu debout, qu’il a manqué de colonne devant les associations étudiantes en faisant des concessions.

En fin de compte, souhaitons que la population québécoise ait appris une grande leçon de tout ce brouhaha social. Peu importe le problème, peu importe l’écart qui sépare les parties dans un conflit, si la bonne foi existe, si on est prêt à écouter la partie adverse, si on accepte de permettre à l’autre de rencontrer ses objectifs en même temps qu’on rencontre les nôtres, eh bien il n’y a pas de conflit qui ne peuvent être résolus. Négocier, voilà la solution aux problèmes de quelque nature qu’ils soient. Espérons qu’à la prochaine occasion, on n’attendra pas 12 semaines pour se réveiller.

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

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