Fin d’un conflit
http://bit.ly/IwVz4s
Je ne connais pas l'issue de la négociation entre les
étudiants et le gouvernement. Une entente est intervenue et on en connaîtra le
contenu une fois que les étudiants auront voté. Une chose est certaine, pour qu’il
y ait eu une entente de principe à la table de négociation, il faut que de part
et d’autre on ait bougé substantiellement pour arriver à une entente. Voilà un
joli pied de nez à tous ces «jusqu’au-boutistes» qui de part et d’autre s’encourageaient
à ne pas céder d’un pouce et refuser toute concession.
On saura lorsqu’on verra les termes de l’entente si elle a
été menée intelligemment de manière à profiter aux deux parties et leur
permettre d’atteindre tous les deux leurs objectifs ou si cette entente a été
arrachée de force en écrasant à toute fin pratique une des deux parties. On
peut certainement se souhaiter qu’elle ait été conclue de façon intelligente si
on veut une paix sociale durable.
Quelle aura été la part due à la présence des chefs
syndicaux? J’entends déjà les anti-syndicalistes crier au vol et à l’usurpation
des rôles. Je crois le contraire, ces
chefs syndicaux sont rompus à la négociation et aussi durs soient-ils, ils
savent voir une ouverture et saisir une main tendue, ce que les porte-paroles
des étudiants, par inexpérience, n’étaient peut-être pas en mesure de faire.
Je crois que c’est une bonne décision d’avoir convoqué ces
dirigeants syndicaux à la table de négociation, de même que le représentant des
universités et celui des CEGEP. On le sait, il y a du ménage et des
orientations à prendre dans l’organisation de l’enseignement supérieur. Les
revendications des étudiants à l’égard de la gestion des universités ne sont pas
anodines, elles peuvent très bien représenter une alternative importante dans
le dénouement de cette crise. Comment alors ne pas entendre en même temps ceux
qui dirigent les universités et ceux qui représentent les syndiqués qui y
travaillent. Le gouvernement a mandaté
son négociateur pour asseoir tout le monde ensemble, c’est bon signe et je ne
serais pas surpris que l’entente reflète un travail intelligent de toutes les
parties pour 1- convenir qu’il y a quelque chose à faire, 2- faire chacun, en
toute bonne foi, un bout de chemin pour assainir la gestion financière des
études supérieures et les financer sans ajouter indûment tant sur les
épaules des étudiants pendant qu’ils sont aux études et qu’ils ont peu de
ressources que sur les épaules des contribuables.
Si on arrive à dénouer cette crise sociale de cette manière,
il faudra juger sévèrement ce gouvernement, qui ne peut certes pas invoquer son
inexpérience en négociation avec tous les stratèges qui s’y trouvent. M.
Charest, dans son entêtement habituel, a voulu casser les étudiants. Il les a provoqués
par son refus obstiné de négocier sur une autre base que sa hausse de frais
voté au parlement. Il les a provoqué par son attitude fermée, ses blagues de
mauvais goût, son refus d’accepter le porte-parole de la CLASSE, par son
argumentaire étriqué sur la juste part, l’investissement dans son avenir, sur le fait
que personne ne perd au change avec une bonification des prêts et bourses. Si
seulement il avait écouté les arguments des étudiants et ceux de plusieurs
acteurs de notre société qui ont déboulonné les uns après les autres ses
arguments, M. Charest aurait fait preuve d’intelligence et de leadership.
Puisque faire la part des choses, c’est essentiel lorsqu’on dirige, il faut
éviter tout dogmatisme et entendre surtout ce que les opposants ont à dire
plutôt que de répéter ad nauseam ses lignes de communications en espérant qu’on
les aura à l’usure.
Je suis heureux qu’on ait trouvé un terrain d’entente et j’espère
que les étudiants sauront saisir là l’opportunité qui se présente. Près des 2/3
de la population n’appuierait pas la cause des étudiants, ça fait beaucoup de
monde qui réclameront de leur rentrer dedans si d’aventure les extrémistes du
côté étudiant réussissaient à renverser l’entente de principe. Déjà qu’un
nombre important de gens ultra-conservateurs ne manqueront pas de clamer que le
gouvernement ne s’est pas tenu debout, qu’il a manqué de colonne devant les
associations étudiantes en faisant des concessions.
En fin de compte, souhaitons que la population québécoise
ait appris une grande leçon de tout ce brouhaha social. Peu importe le
problème, peu importe l’écart qui sépare les parties dans un conflit, si la
bonne foi existe, si on est prêt à écouter la partie adverse, si on accepte de
permettre à l’autre de rencontrer ses objectifs en même temps qu’on rencontre
les nôtres, eh bien il n’y a pas de conflit qui ne peuvent être résolus. Négocier,
voilà la solution aux problèmes de quelque nature qu’ils soient. Espérons qu’à
la prochaine occasion, on n’attendra pas 12 semaines pour se réveiller.
Pointe-aux-Trembles

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