Image tiré du site de Radio-Canada
Il y a deux enjeux ici : le premier consiste à renier un résultat qui ne fait pas son affaire en dénigrant ce résultat issu d'un vote démocratique. Ce vote serait illégitime parce que des personnes habiles à voter ne se sont pas prévalues de leur droit de vote. Pour ajouter à l'illégitimité, on considère que ceux qui se sont abstenus sont forcément d'avis contraire plutôt que de se répartir à peu près de la même manière que le résultat du vote. Cela me semble une vue de l'esprit et constitue à tout le moins un sophisme pour ne pas parler de malhonnêteté intellectuelle. Dans nos démocraties libérales, personne n'est obligé de voter, ce faisant, quand on ne vote pas, cela n'invalide pas le résultat du vote. On peut certes en être déçu et chercher à mobiliser davantage de personnes pour voter, c'est normal, mais affirmer que sans une majorité de 60 ou 75% le vote n'est pas légitime, c'est s'obliger à une forme de consensus obligatoire alors qu'on vit dans une société pluraliste où tous les courants de pensée sont autorisés au nom même de la démocratie. Dès lors, la majorité 50% +1 devient illégitime alors qu'elle représente bel et bien la volonté de la majorité qui vote.
Dans notre société, on vote tantôt d'un bord, tantôt de l'autre, ce qui fait qu'on évite les extrêmes qui ne font l'affaire que des groupuscules incapables de rallier à leur cause une majorité de citoyens. Le bon côté de cet état de fait, c'est qu'on est capable d'entendre tous les discours et de faire la part des choses. Si d'aventure la société s'égare et va trop loin dans une direction, on peut compter sur le gros bon sens de la masse pour corriger le tir à la première occasion. Voilà pourquoi une majorité lors d'un vote est légitime et reconnue par les démocrates même si ce n'est pas toujours un vote secret et même si plusieurs s'abstiennent de voter. N'en déplaise à M Pratte, ne pas voter est aussi l'expression d'une position sur un enjeu et ça fait partie de nos traditions démocrates, le nier ou pire, remettre en question le résultat d'un vote, c'est anti-démocratique. Nous devrions nous en étonner de la part de M. Pratte, mais dans le milieu qu'il fréquente, on a appris en 1995 que la fin justifie les moyens...
Le deuxième enjeu est en quelque sorte une parade déployée par les intoxiqués de la logique marchande pour concentrer l'essentiel des débats de société dans la sphère économique uniquement. Il n'y aurait plus que la loupe de l'économie pour nous permettre de jauger les politiques publiques. Faux débat où La Presse et son équipe éditoriale, tout comme le gouvernement qu’elle appuie d’ailleurs, tente de contenir la discussion sur l’enjeu économique uniquement.
Le réel enjeu est l’accessibilité aux études supérieures, au savoir, particulièrement pour la classe moyenne frappée de plein fouet par cette hausse des droits. Comment permettre aux enfants de toute la société d'accéder au savoir, pas seulement celui qui sert le développement économique, mais tous les savoirs qui constituent la culture, tous les acquis des hommes et des femmes qui constituent notre patrimoine. Qu'on pense à l'art sous toutes ses formes, aux humanités qui nous aident à faire des choix et nous remettre en question et trouver de nouvelles réponses aux nouveaux problèmes qui nous confrontent. Qu'on pense en fait à n'importe quelle formation non utilisable instantanément par l'entreprise privée pour le développement économique, s'il fallait que l'université sur la pente marchande délaisse la mission fondamentale de transmettre les savoirs universels acquis au fil du temps, quelle perte pour notre société et toutes celles qui seraient séduites par le chant de la sirène marchande.
L’université est mal gérée, si le financement fait défaut, l'université en est la première responsable, d'où la pression des étudiants pour amener le gouvernement à créer un groupe de travail pour revoir la gestion que les universités font des sommes d'argent considérables qui leurs sont confiées.
Par exemple, on a doublé les budgets de recherche et rapetissé comme une peau de chagrin les budgets de l’enseignement pour deux raisons qui n’ont rien à voir avec la dette de la province :
1- ce qui fait la renommée des université et leur permet d'attirer des étudiants étrangers payants, c’est la recherche et les publications scientifiques, d’où leur inclination à réclamer toujours plus d’argent pour augmenter le prestige de l’université sans que cela n'améliore nécessairement l’enseignement, car pour améliorer l'enseignement ça prend nous disent-ils des vedettes qui auront besoin à leur tour d'avantages et de salaires qui s'apparient à leur statut de vedette. Comment ne pas s'indigner ensuite quand on voit les recteurs se comporter comme des pdg de multinationales, salaires astronomiques, parachutes dorés, abonnement à des clubs privés, prêts sans intérêts pour une maison, etc. et réclamer des conditions extrêmes qu'on n'accorde même pas à notre premier ministre?
2- Les budgets de recherche et développement des entreprises privées ont fondu pour répondre à des impératifs de rendement économique à court terme imposés par les mercenaires à la tête des entreprises et le gouvernement fédéral dans son dernier budget s'accoquine avec ces mercenaires qui garnissent sa caisse électorale pour modifier la loi afin de financer la recherche appliquée que les entreprises privées délaissent. Ainsi, avec cette approche économique, on socialise les coûts de la R&D en la confiant aux universités vs aux entreprises privées et on privatise les profits produits par la recherche appliquée dans les universités grâce à des partenariats universités-entreprises qui ne garantissent plus aux universités l’indépendance qui les a toujours caractérisé. On voit apparaître les chaires XYZ inc. et on peut se questionner sur ce soudain grand intérêt des entreprises privées pour la R&D dans les universités et l’éthique qui y règne lorsqu’on voit les dérives des recteurs à tout bout de champ.
Alors qu’il est connu qu’un équilibre doit exister entre la recherche appliquée et la recherche fondamentale qui ouvre de nouvelles possibilités pour la société toute entière, notre gouvernement fédéral concentre, par sa politique, les efforts des chercheurs sur la recherche appliquée qui elle, profite d’abord aux entreprises privées.
Toute cette logique marchande contribue à évacuer les autres dimensions des enjeux de société et il me semble que La Presse par son obsession économique occulte une part importante du débat de société qui doit avoir lieu en regard d’autres dimensions telles le culturel (transmission du savoir) et le sociétal (mieux vivre ensemble). Alors vous comprendrez que le pourcentage en faveur ou contre la grève des étudiants et la légitimité du mouvement étudiant 2012, c’est pour moi une parade visant essentiellement à nous empêcher de discuter des vrais enjeux…
Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

No comments:
Post a Comment