5/23/2012

Lettre à mon Premier ministre et à ma ministre de l'Éducaton


Ce n'est plus un conflit sur la hausse des droits de scolarité auquel vous faites face, le débat s'est élargi. Vous pensiez ramener la paix sociale avec la Loi 78, ça ne semble pas fonctionner même si 47% de la population vous a suivi. 47% c'est un merdier politique, la moitié est contente et l'autre frustrée. Les associations étudiantes vont défier la Loi 78 parce qu'elles la considèrent injuste et le Barreau du Québec, qui soit dit en passant n'a pas les allures du Black Bloc, est d'avis que la Loi sera invalidée. En gros, la situation ne reviendra pas au calme malgré la Loi, déjà plus de 3000 personnes ont déjà signé sur le site de la CLASSE, de la FEUQ et de la FECQ pour indiquer : «Arrêtez-moi quelqu'un». Joli pied de nez à nos institutions parlementaires.

L'enjeu, disais-je, a débordé la hausse des droits. Les étudiants et une certaine proportion de la population ne vous reconnaissent plus la légitimité pour prendre des décisions. Ça ne peut pas continuer. La ligne dure ne fera que durcir les positions et l'été qui arrive avec les festivals à Montréal qui risquent d'être perturbés, font en sorte qu'un changement de stratégie est nécessaire. Autrement, le conflit aura raison de votre administration et vous affecterez pour de nombreuses années nos institutions politiques, Vous êtes les adultes ici, ce sont des enfants qui ne connaissent rien de la vie. Ils sont instruits, certes, mais ce sont des connaissances théoriques qui n'ont pas subies l'épreuve de la vraie vie. Il vous revient donc d'être plus raisonnable et de relancer les négociations.

Même si les positions sont diamétralement opposées, même si l'attitude autant la vôtre que celle des étudiants est déterminée, il ne faut pas négliger la possibilité d'en arriver à une entente mutuellement satisfaisante. Il vous faudra changer de négociateur en chef. M. Pilote est certainement bon, mais il est brûlé avec l'entente qu'il a concoctée. Regagner la confiance vous fera perdre un temps précieux. Faites un geste de bonne volonté, nommez un négociateur chevronné, capable de négocier des ententes gagnant-gagnant, demandez-lui d'amorcer une négociation basée sur des objectifs vs sur des positions qui sont inconciliables. C'est plus difficile, quelque fois un peu plus long, mais c'est la meilleure garantie de résultats. 

Lorsqu'on considère l'offre que vous avez faites et les remises d'impôt, les crédits de toutes sortes, la possibilité de remboursement après les études basée sur le niveau de revenus, vous n'êtes pas loin de la gratuité. Quels sont vos objectifs derrière vos demandes? Assoyez-vous avec le négociateur que vous aurez choisi et expliquez-lui pourquoi vous tenez mordicus à la hausse, on ne sait pas quels moyens pourraient surgir d'une franche négociation avec la volonté de régler. L'atteinte de vos objectifs  et ceux des étudiants d’ailleurs ne passent pas nécessairement par la position que vous défendez depuis le début. Par exemple, beaucoup d’argent demeure à Ottawa parce que les frais de scolarité au Québec sont plus bas, explorez cette piste avec les étudiants, il y a de l’argent de ce côté. La négociation par objectif vous aidera en plus à trouver les justifications auprès de vos ministres, auprès de votre caucus, auprès du Parti, auprès de vos partisans et auprès de la population. Même chose pour les associations d’étudiants auprès de leurs membres.

Si vous réglez ce conflit social, vous aurez un atout majeur dans votre manche pour aller quand vous le déciderez en élection. Vous ferez la preuve que vous pouvez être un chef d'état, plutôt qu'un chef entêté qui veut absolument avoir raison. Vous ferez grandir également cette jeunesse dans l’esprit de nos institutions démocratiques plutôt que de les pousser dans la désobéissance civile et les marginaliser pour le reste de leur vie adulte. Comme je vous le dis plus haut, vous n'êtes pas loin d'un règlement négocié, ayez l'humilité de le reconnaître et acceptez à titre de responsable du dossier jeunesse au Gouvernement de vous impliquer personnellement, il en va de la paix sociale au Québec.

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

5/05/2012

Refuser de négocier par calcul électoraliste


Fin d’un conflit

http://bit.ly/IwVz4s 

Je ne connais pas l'issue de la négociation entre les étudiants et le gouvernement. Une entente est intervenue et on en connaîtra le contenu une fois que les étudiants auront voté. Une chose est certaine, pour qu’il y ait eu une entente de principe à la table de négociation, il faut que de part et d’autre on ait bougé substantiellement pour arriver à une entente. Voilà un joli pied de nez à tous ces «jusqu’au-boutistes» qui de part et d’autre s’encourageaient à ne pas céder d’un pouce et refuser toute concession.

On saura lorsqu’on verra les termes de l’entente si elle a été menée intelligemment de manière à profiter aux deux parties et leur permettre d’atteindre tous les deux leurs objectifs ou si cette entente a été arrachée de force en écrasant à toute fin pratique une des deux parties. On peut certainement se souhaiter qu’elle ait été conclue de façon intelligente si on veut une paix sociale durable.

Quelle aura été la part due à la présence des chefs syndicaux? J’entends déjà les anti-syndicalistes crier au vol et à l’usurpation des rôles.  Je crois le contraire, ces chefs syndicaux sont rompus à la négociation et aussi durs soient-ils, ils savent voir une ouverture et saisir une main tendue, ce que les porte-paroles des étudiants, par inexpérience, n’étaient peut-être pas en mesure de faire.

Je crois que c’est une bonne décision d’avoir convoqué ces dirigeants syndicaux à la table de négociation, de même que le représentant des universités et celui des CEGEP. On le sait, il y a du ménage et des orientations à prendre dans l’organisation de l’enseignement supérieur. Les revendications des étudiants à l’égard de la gestion des universités ne sont pas anodines, elles peuvent très bien représenter une alternative importante dans le dénouement de cette crise. Comment alors ne pas entendre en même temps ceux qui dirigent les universités et ceux qui représentent les syndiqués qui y travaillent.  Le gouvernement a mandaté son négociateur pour asseoir tout le monde ensemble, c’est bon signe et je ne serais pas surpris que l’entente reflète un travail intelligent de toutes les parties pour 1- convenir qu’il y a quelque chose à faire, 2- faire chacun, en toute bonne foi, un bout de chemin pour assainir la gestion financière des études supérieures et les financer sans ajouter indûment tant sur les épaules des étudiants pendant qu’ils sont aux études et qu’ils ont peu de ressources que sur les épaules des contribuables.

Si on arrive à dénouer cette crise sociale de cette manière, il faudra juger sévèrement ce gouvernement, qui ne peut certes pas invoquer son inexpérience en négociation avec tous les stratèges qui s’y trouvent. M. Charest, dans son entêtement habituel, a voulu casser les étudiants. Il les a provoqués par son refus obstiné de négocier sur une autre base que sa hausse de frais voté au parlement. Il les a provoqué par son attitude fermée, ses blagues de mauvais goût, son refus d’accepter le porte-parole de la CLASSE, par son argumentaire étriqué sur la juste part,  l’investissement dans son avenir, sur le fait que personne ne perd au change avec une bonification des prêts et bourses. Si seulement il avait écouté les arguments des étudiants et ceux de plusieurs acteurs de notre société qui ont déboulonné les uns après les autres ses arguments, M. Charest aurait fait preuve d’intelligence et de leadership. Puisque faire la part des choses, c’est essentiel lorsqu’on dirige, il faut éviter tout dogmatisme et entendre surtout ce que les opposants ont à dire plutôt que de répéter ad nauseam ses lignes de communications en espérant qu’on les aura à l’usure.

Je suis heureux qu’on ait trouvé un terrain d’entente et j’espère que les étudiants sauront saisir là l’opportunité qui se présente. Près des 2/3 de la population n’appuierait pas la cause des étudiants, ça fait beaucoup de monde qui réclameront de leur rentrer dedans si d’aventure les extrémistes du côté étudiant réussissaient à renverser l’entente de principe. Déjà qu’un nombre important de gens ultra-conservateurs ne manqueront pas de clamer que le gouvernement ne s’est pas tenu debout, qu’il a manqué de colonne devant les associations étudiantes en faisant des concessions.

En fin de compte, souhaitons que la population québécoise ait appris une grande leçon de tout ce brouhaha social. Peu importe le problème, peu importe l’écart qui sépare les parties dans un conflit, si la bonne foi existe, si on est prêt à écouter la partie adverse, si on accepte de permettre à l’autre de rencontrer ses objectifs en même temps qu’on rencontre les nôtres, eh bien il n’y a pas de conflit qui ne peuvent être résolus. Négocier, voilà la solution aux problèmes de quelque nature qu’ils soient. Espérons qu’à la prochaine occasion, on n’attendra pas 12 semaines pour se réveiller.

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

5/01/2012

La démocratie à 35%...c'est pas de la crème !

Le journal La Presse par son éditorialiste en chef M. André Pratte critique la légitimité des votes de grève en laissant entendre qu'une forte majorité des étudiants sont contre la grève (Ici). Procédant du même délire qui animait Stéphane Dion et sa célèbre Loi sur la clarté référendaire, il condamne un vote tenu démocratiquement en utilisant le sophisme suivant: Si seulement 35% des étudiants sont en grève et qu'ils n'ont voté qu'à 50% +1 pour la grève, c'est donc une très forte majorité de plus de 75% des étudiants post-secondaires qui sont pour la hausse des frais de scolarité.Notez le raccourci entre ceux qui ont voté pour la grève et ceux qui sont favorables à une hausse des droits de scolarité. La suite vous l'imaginez : les coffres de l'état sont vides, on a pas les moyens d'offrir la gratuité scolaire, les particuliers et les entreprises croulent sous les taxes, etc.




Image tiré du site de Radio-Canada

Il y a deux enjeux ici : le premier consiste à renier un résultat qui ne fait pas son affaire en dénigrant ce résultat issu d'un vote démocratique. Ce vote serait illégitime parce que des personnes habiles à voter ne se sont pas prévalues de leur droit de vote. Pour ajouter à l'illégitimité, on considère que ceux qui se sont abstenus sont forcément d'avis contraire plutôt que de se répartir à peu près de la même manière que le résultat du vote. Cela me semble une vue de l'esprit et constitue à tout le moins un sophisme pour ne pas parler de malhonnêteté intellectuelle. Dans nos démocraties libérales, personne n'est obligé de voter, ce faisant, quand on ne vote pas, cela n'invalide pas le résultat du vote. On peut certes en être déçu et chercher à mobiliser davantage de personnes pour voter, c'est normal, mais affirmer que sans une majorité de 60 ou 75% le vote n'est pas légitime, c'est s'obliger à une forme de consensus obligatoire alors qu'on vit dans une société pluraliste où tous les courants de pensée sont autorisés au nom même de la démocratie. Dès lors, la majorité 50% +1 devient illégitime alors qu'elle représente bel et bien la volonté de la majorité qui vote.

Dans notre société, on vote tantôt d'un bord, tantôt de l'autre, ce qui fait qu'on évite les extrêmes qui ne font l'affaire que des groupuscules incapables de rallier à leur cause une majorité de citoyens. Le bon côté de cet état de fait, c'est qu'on est capable d'entendre tous les discours et de faire la part des choses. Si d'aventure la société s'égare et va trop loin dans une direction, on peut compter sur le gros bon sens de la masse pour corriger le tir à la première occasion. Voilà pourquoi une majorité lors d'un vote est légitime et reconnue par les démocrates même si ce n'est pas toujours un vote secret et même si plusieurs s'abstiennent de voter. N'en déplaise à M Pratte, ne pas voter est aussi l'expression d'une position sur un enjeu et ça fait partie de nos traditions démocrates, le nier ou pire, remettre en question le résultat d'un vote, c'est anti-démocratique. Nous devrions nous en étonner de la part de M. Pratte, mais dans le milieu qu'il fréquente, on a appris en 1995 que la fin justifie les moyens...

Le deuxième enjeu est en quelque sorte une parade déployée par les intoxiqués de la logique marchande pour concentrer l'essentiel des débats de société dans la sphère économique uniquement. Il n'y aurait plus que la loupe de l'économie pour nous permettre de jauger les politiques publiques. Faux débat où La Presse et son équipe éditoriale, tout comme le gouvernement qu’elle appuie d’ailleurs, tente de contenir la discussion sur l’enjeu économique uniquement.

Le réel enjeu est l’accessibilité aux études supérieures, au savoir, particulièrement pour la classe moyenne frappée de plein fouet par cette hausse des droits. Comment permettre aux enfants de toute la société d'accéder au savoir, pas seulement celui qui sert le développement économique, mais tous les savoirs qui constituent la culture, tous les acquis des hommes et des femmes qui constituent notre patrimoine. Qu'on pense à l'art sous toutes ses formes, aux humanités qui nous aident à faire des choix et nous remettre en question et trouver de nouvelles réponses aux nouveaux problèmes qui nous confrontent. Qu'on pense en fait à n'importe quelle formation non utilisable instantanément par l'entreprise privée pour le développement économique, s'il fallait que l'université sur la pente marchande délaisse la mission fondamentale de transmettre les savoirs universels acquis au fil du temps, quelle perte pour notre société et toutes celles qui seraient séduites par le chant de la sirène marchande.

L’université est mal gérée, si le financement fait défaut, l'université en est la première responsable, d'où la pression des étudiants pour amener le gouvernement à créer un groupe de travail pour revoir la gestion que les universités font des sommes d'argent considérables qui leurs sont confiées.

Par exemple, on a doublé les budgets de recherche et rapetissé comme une peau de chagrin les budgets de l’enseignement pour deux raisons qui n’ont rien à voir avec la dette de la province :

1- ce qui fait la renommée des université et leur permet d'attirer des étudiants étrangers payants, c’est la recherche et les publications scientifiques, d’où leur inclination à réclamer toujours plus d’argent pour augmenter le prestige de l’université sans que cela n'améliore nécessairement l’enseignement, car pour améliorer l'enseignement ça prend nous disent-ils des vedettes qui auront besoin à leur tour d'avantages et de salaires qui s'apparient à leur statut de vedette. Comment ne pas s'indigner ensuite quand on voit les recteurs se comporter comme des pdg de multinationales, salaires astronomiques, parachutes dorés, abonnement à des clubs privés, prêts sans intérêts pour une maison, etc. et réclamer des conditions extrêmes qu'on n'accorde même pas à notre premier ministre?

2- Les budgets de recherche et développement des entreprises privées ont fondu pour répondre à des impératifs de rendement économique à court terme imposés par les mercenaires à la tête des entreprises et le gouvernement fédéral dans son dernier budget s'accoquine avec ces mercenaires qui garnissent sa caisse électorale pour modifier la loi afin de financer la recherche appliquée que les entreprises privées délaissent. Ainsi, avec cette approche économique, on socialise les coûts de la R&D en la confiant aux universités vs aux entreprises privées et on privatise les profits produits par la recherche appliquée dans les universités grâce à des partenariats universités-entreprises qui ne garantissent plus aux universités l’indépendance qui les a toujours caractérisé. On voit apparaître les chaires XYZ inc. et on peut se questionner sur ce soudain grand intérêt des entreprises privées pour la R&D dans les universités et l’éthique qui y règne lorsqu’on voit les dérives des recteurs à tout bout de champ.

Alors qu’il est connu qu’un équilibre doit exister entre la recherche appliquée et la recherche fondamentale qui ouvre de nouvelles possibilités pour la société toute entière, notre gouvernement fédéral concentre, par sa politique, les efforts des chercheurs sur la recherche appliquée qui elle, profite d’abord aux entreprises privées.

Toute cette logique marchande contribue à évacuer les autres dimensions des enjeux de société et il me semble que La Presse par son obsession économique occulte une part importante du débat de société qui doit avoir lieu en regard d’autres dimensions telles le culturel (transmission du savoir) et le sociétal (mieux vivre ensemble). Alors vous comprendrez que le pourcentage en faveur ou contre la grève des étudiants et la légitimité du mouvement étudiant 2012, c’est pour moi une parade visant essentiellement à nous empêcher de discuter des vrais enjeux…

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles