3/13/2012

Rien à négocier, Monsieur Pratte, vraiment!



M. Pratte parle encore comme si toute la société devait être au service de l'économie comme c'est son habitude plutôt que de considérer l'économie comme un moyen au service de la société. Une fin de non recevoir, point final. Du haut de sa tour d'ivoire, à l'abri du besoin, il use de sa tribune privilégiée pour mépriser les milliers d'étudiants et les enjoindre de rentrer la tête entre les deux jambes. Des milliers d'étudiants sont dans la rue pour réclamer un accès à l'université et tout ce qu'il trouve à dire, ce sont de méprisants clichés sur les étudiants qui ont un téléphone intelligent, qui passent leur temps à manifester et qui vont s'essouffler avec l'arrivée du printemps.

M. Pratte est malhonnête sur ce sujet ou il fait preuve d'une paresse intellectuelle indigne de sa fonction. Il y a autant d'économistes qui donnent raison au gouvernement qu'il y en a qui lui donne tort Points de vue d'économistes ici (blogue et commentaires) et point de vue des étudiants Endettement des étudiants. Il n'apporte aucune solution, il condamne. Son argument, enfin celui du gouvernement qu'il fait sien, prétend que les étudiants vont recevoir plus d'aide et que ça ne nuira pas.  C'est faux, archifaux, les étudiants dont les parents sont incapables de contribuer au financement des études de leurs enfants doivent travailler en même temps qu'ils étudient. De plus en plus les étudiants québécois doivent travailler et c'est plus particulièrement vrai pour tous ceux qui doivent quitter leur région pour aller étudier dans les grands centres où s'y trouvent les universités. Il y a une limite à travailler si nous voulons que nos jeunes réussissent leurs études, voir à ce sujet l'étude de la FEUQ : Travail étudiant.

J'aimerais bien voir tous les parents qui sont pour la hausse des droits me dire s'ils sont prêts à payer à leur jeune le montant que le gouvernement prétend que les parents doivent contribuer aux études de leurs enfants. Car dans le calcul des prêts et bourses, la contribution des parents représente plusieurs milliers de dollars et ce ne sont qu'une faible partie des parents qui le font. Ce sont les enfants de la classe moyenne qui n'auront plus accès aux études, pas les plus pauvres, ni les plus riches, mais l'immense majorité dans la classe moyenne qui sans le supposé support de leur parents (5 à 7000$ par année) vont devoir travailler trop d'heures pour payer leurs études ou devoir les abandonner. Malheureusement la propagande gouvernementale, propulsée par Québécor et Gesca pour leurs intérêts, est en train de convaincre bien du monde qui regarde ça de l'extérieur sans chercher à s'informer sur les réels enjeux de la hausse des frais de scolarité : une société plus juste, scolarisée où les écarts entre les riches et les pauvres est plus raisonnable que ce que M. Pratte voudrait voir.

La solution c'est de considérer les études comme un investissement nous dit le gouvernement. Soit, c'est un investissements qui va bénéficier à toute la population, pas seulement aux étudiants. Alors choisissons de faire porter le poids de l'investissement par celui qui a les reins le plus solide : le gouvernement, pas l'étudiant. Négocions plutôt avec les étudiants une formule de remboursement des ces coûts basée sur leurs revenus réels futurs avec une période d'amortissement de cette dette qui tienne compte que tout le monde ne finira pas ingénieur, médecin, avocat, comptable ou MBA. Soyons conscient qu'une société en santé a aussi besoin de diplômés dans d'autres domaines tels la philosophie, la sociologie, l'histoire, les arts, l'anthropologie, etc. Il est faux de prétendre que tous les étudiants auront un revenu supérieur parce qu'ils ont un diplôme universitaire. Choisissons de négocier avec les étudiants une formule qui permette au Québec d'utiliser leurs talents ici au Québec pendant une période raisonnable s'assurant qu'ils paieront des impôts ici plutôt que dans une autre province ou un autre pays. Choisissons de négocier avec les étudiants une formule qui permette à l'investisseur (gouvernement) de facturer le coût de la formation donnée gratuitement si ce finissant choisi d'aller voir ailleurs si le soleil n'est pas plus brillant. De cette façon, tout le monde sera gagnant: les étudiants qui pourront accéder à l'université et obtenir un diplôme, le gouvernement qui recouvrera sa mise et tous les québécois payeurs de taxes qui trouvent déjà que leur part est trop élevée.

Évidemment, pour que ça arrive, il faut une volonté de négocier et d'inventer des façons originales de régler les problèmes plutôt que de lâcher la police après les étudiants comme ici. Ce que M. Pratte n'arrive pas à comprendre du haut de sa tour d'ivoire.

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

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