Comme ça, juste pour la discussion, il y a donc des sujets de temps à autre comme celui-là qui font surface et qui devraient être mis de côté sans que personne n'ait l'opportunité d'en débattre. Simplement parce que nos élites intellectuelles le décrètent.
Je trouve curieux qu'on nous dise qu'aborder ces sujets
c'est faire preuve de racisme, d'antisémitisme, d'islamophobie, de fermeture
d'esprit, d'intolérance etc., quand ce n'est pas d'imbécilité et d'idiotie ou d’ignorance
crasse. Je trouve curieux que nos élites intellectuelles y aillent des plus
beaux jeux de mots (comme sur Twitter) pour ridiculiser à toute fin pratique
tous ceux qui se posent des questions sur la signification de ces rites
religieux lors d'abattage d'animaux.
Ne trouvez-vous pas que nos élites intellectuelles sont
promptes à condamner une grande partie de la population québécoise qui se voit
exposée soudainement à une réalité dont elle ignorait l'existence encore avant
hier?
Pour des donneurs de leçons, il me semble qu'il y avait là
une opportunité d'informer la population sur cette pratique plutôt que de
tenter d'imposer un point de vue en tournant en ridicule ceux qui se posent des
questions.
À mon avis, il ne s'agit pas tant d'une histoire de santé
publique que d'une histoire d'us et coutumes étrangères dont on ignore tout. Me
semble que l'opportunité était belle de saisir l'occasion de faire œuvre utile
en expliquant une tradition religieuse qui choque certains et de la mettre en
contexte, d'en débattre et d'expliquer pourquoi par exemple l'étourdissement
avant l'égorgement pratiqué dans les abattoirs ordinaires ne peut pas être
accepté par les imams ou les rabbins alors que dans certains pays cette
pratique est acceptée par les autorités musulmanes. Les accommodements
raisonnables ne seraient-ils qu’à sens unique?
Bien sûr, bien des grelots ont été accrochés à la nouvelle,
on a d'abord évoqué du côté du PQ la santé publique, on a évoqué ailleurs la
cruauté envers les animaux, les coûts additionnels assumés par tous, on a
évoqué également l'insidieux silence qui a tenu à l'abri des regards
l'implantation d'abattoirs ou autres fournisseurs d'aliments Halal et Cachère.
On peut répondre à chacun de ces arguments, y faire face, les uns après les
autres, amener la population à relativiser, à comprendre et de là, ne pas
craindre la diversité.
Les partisans du multiculturalisme ont plutôt choisi de condamner
sévèrement ceux qui soulèvent des questions plutôt que de les rassurer. Ça fait
cool, ça fait ouvert sur le monde, sur la diversité, ça fait tolérant, ça fait
sûr de soi, en complète possession de ses moyens. Quoi de plus facile que de
caricaturer ceux qui ne comprennent pas ou qui ne connaissent pas. Ce n'est pas
la minorité qui est jugée intolérante, c'est l'immense majorité des québécois
qui sont au banc des accusés. Ce n’est pas banal, un sondage non scientifique
sur internet démontrait cet après-midi que 79% des québécois qui y ont répondu
étaient dérangés par cette affaire, alors quand les bien-pensants affirment que
les québécois s'inquiètent beaucoup plus des OGM que des rites Halal ou Cachère,
ils avancent un argument non fondé. Certes, les OGM font craindre le pire. Mais
en se servant de cet exemple pour affirmer que les rites religieux lors d'abattage
d'animaux n'inquiètent que les ignares et les racistes nos élites extrapolent à
partir de leur opinion pour conclure à propos de celle de tous les québécois...
Ce n'est pas par l'insulte qu'on réconcilie les points de
vue, ni par l'arrogance, ni la suffisance, ni l'ironie, ni la caricature. C'est
en acceptant d'écouter les points de vue divergents, et en tolérant que des
opinions contraires aux siennes puissent être légitimes et fondées qu'on fait
preuve d'ouverture, de tolérance et d'accueil des autres, exactement ce qu’on reproche
aux québécois.
Quand même curieux que ce soit toujours les québécois nationalistes
d'origine française qui soit les intolérants, les racistes, les repliés sur
soi. Si certains font le choix de renoncer à leur identité, leurs racines pour
pouvoir affirmer qu’ils sont ouverts sur le monde, c’est leur affaire. Généralement,
ces gens émigrent. Acceptez toutefois que d’autres soient mal à l’aise à l’idée
de participer à la disparition de leur nation car au fond, tous ces débats ont
un point en commun : c'est la vitesse à laquelle on demande aux québécois
de renoncer à ses us et coutumes pour accueillir des personnes venues de tous
les pays du monde qui sont plus enclines à s’intégrer à la communauté
anglophone de l’Amérique du Nord qu’à la communauté francophone du Québec. Je vis à Montréal et j’ai 60 ans, alors ne me
dites pas que les immigrants s’intègrent volontiers à la communauté
francophone, la force d’attraction de l’anglais est forte et les exemples se
comptent par milliers à Montréal où l’intégration ne se fait tout simplement
pas. On voit émerger de plus en plus de ghettos ethniques et vous n’avez qu’à
observer comment l’échec du multiculturalisme fait des ravages en France et en
Angleterre pour apprendre à douter un peu de vos certitudes.
Si on souhaite une intégration réussie, ne vaudrait-il pas
mieux respecter le rythme de la société d'accueil plutôt que de la «bulldozer»
avec le multiculturalisme et les droits individuels au détriment des droits
collectifs? Ne vaut-il pas la peine d’appliquer le principe de prudence face à
l’assimilation des québécois dans l’ensemble canadien plutôt que de jouer les
fanfarons sur d’eux-mêmes et nier l’existence du problème d’intégration des
immigrants à la société québécoise francophone.
Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

