3/15/2012

De nourriture Hallal ou Cachère à la difficulté d’intégration des immigrants


Comme ça, juste pour la discussion, il y a donc des sujets de temps à autre comme celui-là qui font surface et qui devraient être mis de côté sans que personne n'ait l'opportunité d'en débattre. Simplement parce que nos élites intellectuelles le décrètent.

Je trouve curieux qu'on nous dise qu'aborder ces sujets c'est faire preuve de racisme, d'antisémitisme, d'islamophobie, de fermeture d'esprit, d'intolérance etc., quand ce n'est pas d'imbécilité et d'idiotie ou d’ignorance crasse. Je trouve curieux que nos élites intellectuelles y aillent des plus beaux jeux de mots (comme sur Twitter) pour ridiculiser à toute fin pratique tous ceux qui se posent des questions sur la signification de ces rites religieux lors d'abattage d'animaux.

Ne trouvez-vous pas que nos élites intellectuelles sont promptes à condamner une grande partie de la population québécoise qui se voit exposée soudainement à une réalité dont elle ignorait l'existence encore avant hier?

Pour des donneurs de leçons, il me semble qu'il y avait là une opportunité d'informer la population sur cette pratique plutôt que de tenter d'imposer un point de vue en tournant en ridicule ceux qui se posent des questions.

À mon avis, il ne s'agit pas tant d'une histoire de santé publique que d'une histoire d'us et coutumes étrangères dont on ignore tout. Me semble que l'opportunité était belle de saisir l'occasion de faire œuvre utile en expliquant une tradition religieuse qui choque certains et de la mettre en contexte, d'en débattre et d'expliquer pourquoi par exemple l'étourdissement avant l'égorgement pratiqué dans les abattoirs ordinaires ne peut pas être accepté par les imams ou les rabbins alors que dans certains pays cette pratique est acceptée par les autorités musulmanes. Les accommodements raisonnables ne seraient-ils qu’à sens unique?

Bien sûr, bien des grelots ont été accrochés à la nouvelle, on a d'abord évoqué du côté du PQ la santé publique, on a évoqué ailleurs la cruauté envers les animaux, les coûts additionnels assumés par tous, on a évoqué également l'insidieux silence qui a tenu à l'abri des regards l'implantation d'abattoirs ou autres fournisseurs d'aliments Halal et Cachère. On peut répondre à chacun de ces arguments, y faire face, les uns après les autres, amener la population à relativiser, à comprendre et de là, ne pas craindre la diversité.

Les partisans du multiculturalisme ont plutôt choisi de condamner sévèrement ceux qui soulèvent des questions plutôt que de les rassurer. Ça fait cool, ça fait ouvert sur le monde, sur la diversité, ça fait tolérant, ça fait sûr de soi, en complète possession de ses moyens. Quoi de plus facile que de caricaturer ceux qui ne comprennent pas ou qui ne connaissent pas. Ce n'est pas la minorité qui est jugée intolérante, c'est l'immense majorité des québécois qui sont au banc des accusés. Ce n’est pas banal, un sondage non scientifique sur internet démontrait cet après-midi que 79% des québécois qui y ont répondu étaient dérangés par cette affaire, alors quand les bien-pensants affirment que les québécois s'inquiètent beaucoup plus des OGM que des rites Halal ou Cachère, ils avancent un argument non fondé. Certes, les OGM font craindre le pire. Mais en se servant de cet exemple pour affirmer que les rites religieux lors d'abattage d'animaux n'inquiètent que les ignares et les racistes nos élites extrapolent à partir de leur opinion pour conclure à propos de celle de tous les québécois...

Ce n'est pas par l'insulte qu'on réconcilie les points de vue, ni par l'arrogance, ni la suffisance, ni l'ironie, ni la caricature. C'est en acceptant d'écouter les points de vue divergents, et en tolérant que des opinions contraires aux siennes puissent être légitimes et fondées qu'on fait preuve d'ouverture, de tolérance et d'accueil des autres, exactement ce qu’on reproche aux québécois.

Quand même curieux que ce soit toujours les québécois nationalistes d'origine française qui soit les intolérants, les racistes, les repliés sur soi. Si certains font le choix de renoncer à leur identité, leurs racines pour pouvoir affirmer qu’ils sont ouverts sur le monde, c’est leur affaire. Généralement, ces gens émigrent. Acceptez toutefois que d’autres soient mal à l’aise à l’idée de participer à la disparition de leur nation car au fond, tous ces débats ont un point en commun : c'est la vitesse à laquelle on demande aux québécois de renoncer à ses us et coutumes pour accueillir des personnes venues de tous les pays du monde qui sont plus enclines à s’intégrer à la communauté anglophone de l’Amérique du Nord qu’à la communauté francophone du Québec.  Je vis à Montréal et j’ai 60 ans, alors ne me dites pas que les immigrants s’intègrent volontiers à la communauté francophone, la force d’attraction de l’anglais est forte et les exemples se comptent par milliers à Montréal où l’intégration ne se fait tout simplement pas. On voit émerger de plus en plus de ghettos ethniques et vous n’avez qu’à observer comment l’échec du multiculturalisme fait des ravages en France et en Angleterre pour apprendre à douter un peu de vos certitudes.

Si on souhaite une intégration réussie, ne vaudrait-il pas mieux respecter le rythme de la société d'accueil plutôt que de la «bulldozer» avec le multiculturalisme et les droits individuels au détriment des droits collectifs? Ne vaut-il pas la peine d’appliquer le principe de prudence face à l’assimilation des québécois dans l’ensemble canadien plutôt que de jouer les fanfarons sur d’eux-mêmes et nier l’existence du problème d’intégration des immigrants à la société québécoise francophone.

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

3/13/2012

Rien à négocier, Monsieur Pratte, vraiment!



M. Pratte parle encore comme si toute la société devait être au service de l'économie comme c'est son habitude plutôt que de considérer l'économie comme un moyen au service de la société. Une fin de non recevoir, point final. Du haut de sa tour d'ivoire, à l'abri du besoin, il use de sa tribune privilégiée pour mépriser les milliers d'étudiants et les enjoindre de rentrer la tête entre les deux jambes. Des milliers d'étudiants sont dans la rue pour réclamer un accès à l'université et tout ce qu'il trouve à dire, ce sont de méprisants clichés sur les étudiants qui ont un téléphone intelligent, qui passent leur temps à manifester et qui vont s'essouffler avec l'arrivée du printemps.

M. Pratte est malhonnête sur ce sujet ou il fait preuve d'une paresse intellectuelle indigne de sa fonction. Il y a autant d'économistes qui donnent raison au gouvernement qu'il y en a qui lui donne tort Points de vue d'économistes ici (blogue et commentaires) et point de vue des étudiants Endettement des étudiants. Il n'apporte aucune solution, il condamne. Son argument, enfin celui du gouvernement qu'il fait sien, prétend que les étudiants vont recevoir plus d'aide et que ça ne nuira pas.  C'est faux, archifaux, les étudiants dont les parents sont incapables de contribuer au financement des études de leurs enfants doivent travailler en même temps qu'ils étudient. De plus en plus les étudiants québécois doivent travailler et c'est plus particulièrement vrai pour tous ceux qui doivent quitter leur région pour aller étudier dans les grands centres où s'y trouvent les universités. Il y a une limite à travailler si nous voulons que nos jeunes réussissent leurs études, voir à ce sujet l'étude de la FEUQ : Travail étudiant.

J'aimerais bien voir tous les parents qui sont pour la hausse des droits me dire s'ils sont prêts à payer à leur jeune le montant que le gouvernement prétend que les parents doivent contribuer aux études de leurs enfants. Car dans le calcul des prêts et bourses, la contribution des parents représente plusieurs milliers de dollars et ce ne sont qu'une faible partie des parents qui le font. Ce sont les enfants de la classe moyenne qui n'auront plus accès aux études, pas les plus pauvres, ni les plus riches, mais l'immense majorité dans la classe moyenne qui sans le supposé support de leur parents (5 à 7000$ par année) vont devoir travailler trop d'heures pour payer leurs études ou devoir les abandonner. Malheureusement la propagande gouvernementale, propulsée par Québécor et Gesca pour leurs intérêts, est en train de convaincre bien du monde qui regarde ça de l'extérieur sans chercher à s'informer sur les réels enjeux de la hausse des frais de scolarité : une société plus juste, scolarisée où les écarts entre les riches et les pauvres est plus raisonnable que ce que M. Pratte voudrait voir.

La solution c'est de considérer les études comme un investissement nous dit le gouvernement. Soit, c'est un investissements qui va bénéficier à toute la population, pas seulement aux étudiants. Alors choisissons de faire porter le poids de l'investissement par celui qui a les reins le plus solide : le gouvernement, pas l'étudiant. Négocions plutôt avec les étudiants une formule de remboursement des ces coûts basée sur leurs revenus réels futurs avec une période d'amortissement de cette dette qui tienne compte que tout le monde ne finira pas ingénieur, médecin, avocat, comptable ou MBA. Soyons conscient qu'une société en santé a aussi besoin de diplômés dans d'autres domaines tels la philosophie, la sociologie, l'histoire, les arts, l'anthropologie, etc. Il est faux de prétendre que tous les étudiants auront un revenu supérieur parce qu'ils ont un diplôme universitaire. Choisissons de négocier avec les étudiants une formule qui permette au Québec d'utiliser leurs talents ici au Québec pendant une période raisonnable s'assurant qu'ils paieront des impôts ici plutôt que dans une autre province ou un autre pays. Choisissons de négocier avec les étudiants une formule qui permette à l'investisseur (gouvernement) de facturer le coût de la formation donnée gratuitement si ce finissant choisi d'aller voir ailleurs si le soleil n'est pas plus brillant. De cette façon, tout le monde sera gagnant: les étudiants qui pourront accéder à l'université et obtenir un diplôme, le gouvernement qui recouvrera sa mise et tous les québécois payeurs de taxes qui trouvent déjà que leur part est trop élevée.

Évidemment, pour que ça arrive, il faut une volonté de négocier et d'inventer des façons originales de régler les problèmes plutôt que de lâcher la police après les étudiants comme ici. Ce que M. Pratte n'arrive pas à comprendre du haut de sa tour d'ivoire.

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

3/02/2012

HEC et maintenant UdeM en anglais



Une chronique de Sophie Durocher dans le Journal de Montréal ce jeudi 1er mars, ici, lui a valu une volée de bois vert de la part des lecteurs. On l'accuse de pratique journalistique douteuse, de journalisme de bas étage, indigne du titre professionnel. On veut porter plainte à la FPJQ, au conseil de presse, bref on s'indigne que la journaliste trouve anormal que les étudiants de la faculté de droit puissent remettre leurs travaux en anglais ou répondre aux questions d'examens en anglais, et ce, même si le professeur ne parle pas anglais.

À force d'oublier sa propre identité, on en vient à trouver raisonnable qu'une institution universitaire française dans une province à majorité française accepte des travaux et des examens présentés en anglais sous prétexte de ne pas pénaliser l'étudiant anglophone, étranger et même d'origine québécoise. C'est une aberration, rien de moins et Mme Durocher a raison de s'indigner, n'en déplaise à tous ceux qui associent son article une pratique journalistique non professionnelle. Ce n'est certainement pas parce que ça se fait ailleurs (présenter ses travaux dans une autre langue), que ça rend cette pratique acceptable. On ne corrige pas une erreur par une autre erreur.

Ce que Mme Durocher dit, c'est qu'après HEC, voilà l'U de M qui fait pareil. Pourquoi faut-il toujours que la majorité s'adapte à la minorité? Ne trouvez-vous pas que ce serait l'inverse qui serait approprié et normal si notre ambition est de survivre en Amérique du Nord. Quand les gens sont rendus à ne plus voir de problème dans le fait que nos universités francophones s'anglicisent sous prétexte de faire des affaires plus facilement, sous prétexte d'accueillir des étudiants étrangers payants, quand nos universités ont pour vocation de former nos élites et qu'elles démissionnent si facilement de leur responsabilité de former nos futures élites en français, on se dit que notre avenir collectif est en péril. Pas surprenant que le français soit devenue minoritaire sur l'île de Montréal.

Réveillez-vous, bon dieu, on sera une minorité ethnique parmi les autres dans ce merveilleux Canada plutôt qu'un des deux peuples fondateurs et on fera partie du folklore, comme les français de la Louisianne ou ceux du Nouveau-Brunswick ou du Manitoba. Pas loin le jour ou on parlera un français fait de trois mots de français et deux mots d'anglais. Quand on ne voit plus de problème au fait que nos universités francophones font des accommodements déraisonnables, c'est qu'on est en voie d'assimilation rapide.


Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles