2/28/2012
Pour en finir avec la grande noirceur...
De tout temps, les élites de la société québécoises ont fait des bons coups et des moins bons. Il est vrai qu'on a voulu s'affranchir du passé né-pour-un-petit-pain lors de la Révolution tranquille et qu'on l'a fait en balançant tout ce qui était perçu comme un frein à notre émancipation et à notre ouverture sur le monde. Cela participait à un plus vaste mouvement mondial, peut-on dire, puisque d'autres sociétés développées l'ont aussi fait en même temps que nous, pensons à mai 68 en France.
Nos élites religieuses, politiques et économiques du passé ont essuyé leur large part de reproches mérités pour avoir maintenu parfois consciemment, parfois inconsciemment les québécois dans leur statut de né-pour-un-petit-pain. Plusieurs facteurs expliquent ces agissements et ces condamnations. Par ailleurs, lorsque l'Histoire s'écrit, il ne saurait être question de gommer les bons coups pour ne conserver que ce qui nous sert à justifier le rejet du passé. Le temps est venu de reconnaître, malgré les mauvais coups, les bons coups de ceux qui nous ont dirigés ici au Québec. Cela fait partie de notre histoire, de ce que nous sommes. À l'inverse, verser dans l'apologie des bons coups en occultant le côté négatif de notre histoire, ne nous aidera pas non plus à dégager une direction à prendre. La nouvelle biographie de M. Bourassa par Georges-Hébert Germain, ne présente que les bons coups, gommant cette fois-ci les mauvais; l'erreur est de même nature (Germain, 2012).
Ceci étant, le temps vient maintenant de placer dans les deux plateaux de la balance les bons et mauvais coups et décider en toute connaissance de cause de quel côté penche la balance et prendre les décisions qui nous permettent de non seulement survivre, mais de progresser comme nation.
M. Bock-Côté dans son dernier essai: Fin de cycle, nous expose essentiellement deux raisons à la déconfiture de la souveraineté après l'échec du référendum de 1995. La dérive vers la gauche progressiste du Parti québécois a fait fuir les québécois de centre-droit et de droite qui ne trouvent plus au sein du Parti québécois les valeurs qu'ils chérissent. Deuxièmement, la politique du multiculturalisme a dilué notre nationalisme québécois en intégrant mal les immigrants à la nation québécoise (Bock-Côté, 2012). D'où la crise identitaire provoquée par les accommodements raisonnables devenus rapidement déraisonnables aux yeux de nombreux québécois.
Joseph Facal ajoute il y a quelques jours dans sa chronique sur Fin de cycle que M. Bock-Côté a raison, mais que ce ne sont pas les deux seules raisons qui expliquent la baisse de la ferveur souverainiste (Facal, 26-02-2012, Pourquoi?). Premièrement, il y a également le fait que pour plusieurs, le Québec s'est développé au sein du Canada et somme toute, il ne se considère pas dans un «goulag».
Deuxièmement, le calme plat au plan constitutionnel et l'absence de crise n'aide pas à récupérer ceux qui sont normalement plus fédéraliste que souverainiste et qui seraient enclin dans les situations de crise à flirter avec la souveraineté.
Troisièmement, les babyboomers n'ont pas su passer le témoin de la souveraineté à la génération suivante, sans cours d'histoire, il constate que ses étudiants ne savent rien de René Lévesque, ce qui en dit long sur la culture politique des X et Y.
Quatrièmement, il ajoute que toutes les sociétés occidentales carburent à ce qu'il appelle l'individualisme radical et le nombrilisme jouisseur, ce qui nuit considérablement au collectivisme à la solidarité désintéressée, tout ce qui les solidarise étant le corporatisme.
Finalement, il croit que le fait que le Québec n'ait jamais expérimenté la souveraineté à l'exemple des irlandais, des écossais, des peuples baltes et que les québécois aient toujours été dans un état de dépendance envers la France, puis envers l'Angleterre et aujourd'hui envers le Canada anglais, ne lui offre pas d'exemple de son passé permettant de convaincre les québécois d'aujourd'hui que l'autonomie est une nécessité pour croître en fonction de ses propres choix .
Plutôt que d'effectuer un retour aux sources pour nous réconcilier avec notre passé et se faire accuser de glorifier la Grande noirceur, note l'historien Éric Bédard dans son essai : Le recours aux sources, il serait plus approprié de parler de recourir à notre passé pour nous aider à définir notre identité collective et amener l'ensemble des québécois à adopter les valeurs qui nous ont permis de survivre en Amérique du Nord (Bédard, 2012).
En bout de piste, ce qui nous distingue ici au Québec, c'est que nous étions et nous sommes encore une société colonisée, vivant comme des Tanguy dans la fédération canadienne, incapable de prendre notre destinée en main, incapable de nous responsabiliser collectivement, trop frileux à l'idée de quitter un pays qui n'a jamais été, n'est pas et ne sera jamais le nôtre. La fédération des canadiens anglais et des canadiens français est une utopie, une vue de l’esprit qui nous oblige à accepter notre rôle de subordonné aux intérêts des canadiens anglais. Tant mieux s’il nous reste des miettes qu’on veut bien nous consentir pour maintenir le lien fédéral et surtout le marché de huit millions de personnes que nous sommes au Québec.
Tous les appels à la fédération des intérêts canadiens et au partage d'un territoire qu'on considère étranger ne suffiront pas à masquer le fait que le Canada est le pays des «canadians» anglais; le Québec, terre de nos aïeuls français est notre patrie, mais on préfère collectivement s'illusionner en croyant que le Canada nous appartient autant qu'aux canadiens anglais (discours des fédéralistes québécois et des français hors Québec en train de mourir, noyé dans la mer anglophone qui les submerge). Car dans les faits, ne nous illusionnons pas, nous sommes l'enfant adopté parmi nos demi-frères et demi-soeurs «canadians» et quoiqu'on nous promette pour nous garder dans la famille, ce sera toujours avec condescendance et mépris pour ce faux-frère québécois que les parents «canadians» s’obstinent à garder dans le giron familial pour des raisons économiques seulement.
Tous les prétextes étaient et sont encore bons pour nous faire croire que le Canada est aussi notre pays.
Ce doit être pour ça que Pierre-Éliott Trudeau a mis son siège en jeu lors du référendum de 1980 pour proclamer qu’un vote pour le NON était un vote pour le changement, qu’ensuite son changement promis, il l’a traduit par le rapatriement de la constitution canadienne en 1982 sans l’accord du Québec.
Ce doit être pour ça que toutes les tentatives pour nous faire réintégrer la constitution, Meach en 1990 et Charlottetown en 1992, ont échouées.
Ce doit être pour ça que les «canadians» ont contrevenu aux règles de financement des comités pour le OUI et le NON au référendum de 1995 en dépensant 35 millions de dollars, soit 7 fois plus que les 5 millions de dollars autorisé par la Loi à chaque camp.
Ce doit être pour ça que ce financement illégal ponctuel au référendum de 1995 s’est transformé en programme permanent de commandites et de promotion de l’unité canadienne jusqu’à l’éclatement du scandale des commandites révélé au grand jour par la vérificatrice générale du Canada en 2004.
Ce doit être pour ça que le Conseil pour l’unité canadienne, dont le site internet est unilingue anglais continue de dépenser et placer ses pions pour étouffer une fois pour toute nos velléités de devenir souverain et faire de tous les québécois l’équivalent des français hors-Québec.
Ce doit être pour ça qu’on tente de rentrer dans la tête des jeunes que le débat constitutionnel est clos, qu’il ne faut pas vivre dans le passé, qu’il faut plutôt l'oublier, regarder en avant et entrer dans la modernité au sein du beau Canada, en même temps que les économies se mondialisent.
Comme l'adolescent attardé de 30 ans qui refuse de quitter le nid douillet de papa et maman Canada de peur de ne pas jouir de tout le confort de la maison familiale, il s'en trouve encore plusieurs pour préférer vivre au crochet du Canada éternellement, du moins tant que papa et maman «canadians» ne décideront pas de nous botter le cul hors du nid. Cela a un bon côté à court terme : une qualité de vie comparable aux «canadians», mais à long terme,, notre assimilation à l'anglais, ne serait-ce que par les effets pervers de l'immigration et du rapetissement de la force du français au Canada, est inéluctable.
Pour preuve, la majorité de la population de l'île de Montréal parle maintenant une autre langue que le français. Considérez la proposition de la nouvelle carte électorale canadienne: le poids du Québec diminue et ce n'est que le commencement. La proposition de réforme de la carte électorale au Québec, de surcroît, donnera un plus grand poids à la grande région métropolitaine de Montréal au détriment des régions du Québec, accentuant de ce fait par le jeu de l'immigration le rapetissement de l'influence du français. D'où la triste constatation de Mathieu Bock-Côté que l’inter-culturalisme nous condamne à l'assimilation.
Nous devons collectivement nous rappeler notre passé, notre histoire et le débat constitutionnel est loin d’être dépassé : nos ancêtres sont venus de France, ils ont défriché ce pays, l’ont bâti en versant leur sang, avec force sueur et avec force énergie. Ils ont su perpétuer dans des conditions extrêmes notre culture, sauvegarder notre langue et survivre en Amérique du Nord alors que tout était en place pour nous assimiler. Il faut que notre devise retrouve sa place, il faut que nous mettions de côté nos vieilles rancunes à l’égard des élites religieuses, politiques et économiques pour qu’en disant haut et fort : « Je me souviens », nous nous souvenions plus de ce que nos ancêtres ont fait, parfois malhabilement peut-être, mais de bonne foi souvent pour nous permettre de survivre en français en Amérique.
Ainsi, ces paroles du défunt Robert Bourassa pourront prendre tout leur sens, même s’il n’a pas eu le courage de réaliser ce qu’on attendait de notre premier ministre : « Le Canada anglais doit comprendre de façon très claire que, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, le Québec est, aujourd'hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d'assumer son destin et son développement. » (Discours du 22-06-1990 à l'Assemblée nationale)
Pour garder la flamme et même souffler dessus, il faut parler d’histoire et se rappeler les humiliations dont nous sommes sujets chaque fois qu’il est question d’être traité sur un pied d’égalité. À ceux qui soutiennent que parler des humiliations du passé nous pose en victime et parler du passé est ennuyant et dépassé, je leur dis: qui ne connais pas son passé est condamné à répéter les mêmes erreurs éternellement. L'assimilation des français au Canada est en progression, notre poids politique diminue, nos valeurs sont challengées et l'immigration et la politique d'inter-culturalisme de Québec aidant, il sera bientôt trop tard et nous ferons partie du folklore pour le reste de nos jours. Nous serons une minorité ethnique parmi les autres. Ce n'est pas ce que j'ai rêvé pour mes enfants.
Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles
Étiquettes
anglais,
Canada,
français,
grande noirceur,
histoire,
indépendance,
Québec,
souveraineté
Location:
Pointe-aux-Trembles, Qc
Subscribe to:
Post Comments (Atom)

No comments:
Post a Comment