5/23/2012

Lettre à mon Premier ministre et à ma ministre de l'Éducaton


Ce n'est plus un conflit sur la hausse des droits de scolarité auquel vous faites face, le débat s'est élargi. Vous pensiez ramener la paix sociale avec la Loi 78, ça ne semble pas fonctionner même si 47% de la population vous a suivi. 47% c'est un merdier politique, la moitié est contente et l'autre frustrée. Les associations étudiantes vont défier la Loi 78 parce qu'elles la considèrent injuste et le Barreau du Québec, qui soit dit en passant n'a pas les allures du Black Bloc, est d'avis que la Loi sera invalidée. En gros, la situation ne reviendra pas au calme malgré la Loi, déjà plus de 3000 personnes ont déjà signé sur le site de la CLASSE, de la FEUQ et de la FECQ pour indiquer : «Arrêtez-moi quelqu'un». Joli pied de nez à nos institutions parlementaires.

L'enjeu, disais-je, a débordé la hausse des droits. Les étudiants et une certaine proportion de la population ne vous reconnaissent plus la légitimité pour prendre des décisions. Ça ne peut pas continuer. La ligne dure ne fera que durcir les positions et l'été qui arrive avec les festivals à Montréal qui risquent d'être perturbés, font en sorte qu'un changement de stratégie est nécessaire. Autrement, le conflit aura raison de votre administration et vous affecterez pour de nombreuses années nos institutions politiques, Vous êtes les adultes ici, ce sont des enfants qui ne connaissent rien de la vie. Ils sont instruits, certes, mais ce sont des connaissances théoriques qui n'ont pas subies l'épreuve de la vraie vie. Il vous revient donc d'être plus raisonnable et de relancer les négociations.

Même si les positions sont diamétralement opposées, même si l'attitude autant la vôtre que celle des étudiants est déterminée, il ne faut pas négliger la possibilité d'en arriver à une entente mutuellement satisfaisante. Il vous faudra changer de négociateur en chef. M. Pilote est certainement bon, mais il est brûlé avec l'entente qu'il a concoctée. Regagner la confiance vous fera perdre un temps précieux. Faites un geste de bonne volonté, nommez un négociateur chevronné, capable de négocier des ententes gagnant-gagnant, demandez-lui d'amorcer une négociation basée sur des objectifs vs sur des positions qui sont inconciliables. C'est plus difficile, quelque fois un peu plus long, mais c'est la meilleure garantie de résultats. 

Lorsqu'on considère l'offre que vous avez faites et les remises d'impôt, les crédits de toutes sortes, la possibilité de remboursement après les études basée sur le niveau de revenus, vous n'êtes pas loin de la gratuité. Quels sont vos objectifs derrière vos demandes? Assoyez-vous avec le négociateur que vous aurez choisi et expliquez-lui pourquoi vous tenez mordicus à la hausse, on ne sait pas quels moyens pourraient surgir d'une franche négociation avec la volonté de régler. L'atteinte de vos objectifs  et ceux des étudiants d’ailleurs ne passent pas nécessairement par la position que vous défendez depuis le début. Par exemple, beaucoup d’argent demeure à Ottawa parce que les frais de scolarité au Québec sont plus bas, explorez cette piste avec les étudiants, il y a de l’argent de ce côté. La négociation par objectif vous aidera en plus à trouver les justifications auprès de vos ministres, auprès de votre caucus, auprès du Parti, auprès de vos partisans et auprès de la population. Même chose pour les associations d’étudiants auprès de leurs membres.

Si vous réglez ce conflit social, vous aurez un atout majeur dans votre manche pour aller quand vous le déciderez en élection. Vous ferez la preuve que vous pouvez être un chef d'état, plutôt qu'un chef entêté qui veut absolument avoir raison. Vous ferez grandir également cette jeunesse dans l’esprit de nos institutions démocratiques plutôt que de les pousser dans la désobéissance civile et les marginaliser pour le reste de leur vie adulte. Comme je vous le dis plus haut, vous n'êtes pas loin d'un règlement négocié, ayez l'humilité de le reconnaître et acceptez à titre de responsable du dossier jeunesse au Gouvernement de vous impliquer personnellement, il en va de la paix sociale au Québec.

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

5/05/2012

Refuser de négocier par calcul électoraliste


Fin d’un conflit

http://bit.ly/IwVz4s 

Je ne connais pas l'issue de la négociation entre les étudiants et le gouvernement. Une entente est intervenue et on en connaîtra le contenu une fois que les étudiants auront voté. Une chose est certaine, pour qu’il y ait eu une entente de principe à la table de négociation, il faut que de part et d’autre on ait bougé substantiellement pour arriver à une entente. Voilà un joli pied de nez à tous ces «jusqu’au-boutistes» qui de part et d’autre s’encourageaient à ne pas céder d’un pouce et refuser toute concession.

On saura lorsqu’on verra les termes de l’entente si elle a été menée intelligemment de manière à profiter aux deux parties et leur permettre d’atteindre tous les deux leurs objectifs ou si cette entente a été arrachée de force en écrasant à toute fin pratique une des deux parties. On peut certainement se souhaiter qu’elle ait été conclue de façon intelligente si on veut une paix sociale durable.

Quelle aura été la part due à la présence des chefs syndicaux? J’entends déjà les anti-syndicalistes crier au vol et à l’usurpation des rôles.  Je crois le contraire, ces chefs syndicaux sont rompus à la négociation et aussi durs soient-ils, ils savent voir une ouverture et saisir une main tendue, ce que les porte-paroles des étudiants, par inexpérience, n’étaient peut-être pas en mesure de faire.

Je crois que c’est une bonne décision d’avoir convoqué ces dirigeants syndicaux à la table de négociation, de même que le représentant des universités et celui des CEGEP. On le sait, il y a du ménage et des orientations à prendre dans l’organisation de l’enseignement supérieur. Les revendications des étudiants à l’égard de la gestion des universités ne sont pas anodines, elles peuvent très bien représenter une alternative importante dans le dénouement de cette crise. Comment alors ne pas entendre en même temps ceux qui dirigent les universités et ceux qui représentent les syndiqués qui y travaillent.  Le gouvernement a mandaté son négociateur pour asseoir tout le monde ensemble, c’est bon signe et je ne serais pas surpris que l’entente reflète un travail intelligent de toutes les parties pour 1- convenir qu’il y a quelque chose à faire, 2- faire chacun, en toute bonne foi, un bout de chemin pour assainir la gestion financière des études supérieures et les financer sans ajouter indûment tant sur les épaules des étudiants pendant qu’ils sont aux études et qu’ils ont peu de ressources que sur les épaules des contribuables.

Si on arrive à dénouer cette crise sociale de cette manière, il faudra juger sévèrement ce gouvernement, qui ne peut certes pas invoquer son inexpérience en négociation avec tous les stratèges qui s’y trouvent. M. Charest, dans son entêtement habituel, a voulu casser les étudiants. Il les a provoqués par son refus obstiné de négocier sur une autre base que sa hausse de frais voté au parlement. Il les a provoqué par son attitude fermée, ses blagues de mauvais goût, son refus d’accepter le porte-parole de la CLASSE, par son argumentaire étriqué sur la juste part,  l’investissement dans son avenir, sur le fait que personne ne perd au change avec une bonification des prêts et bourses. Si seulement il avait écouté les arguments des étudiants et ceux de plusieurs acteurs de notre société qui ont déboulonné les uns après les autres ses arguments, M. Charest aurait fait preuve d’intelligence et de leadership. Puisque faire la part des choses, c’est essentiel lorsqu’on dirige, il faut éviter tout dogmatisme et entendre surtout ce que les opposants ont à dire plutôt que de répéter ad nauseam ses lignes de communications en espérant qu’on les aura à l’usure.

Je suis heureux qu’on ait trouvé un terrain d’entente et j’espère que les étudiants sauront saisir là l’opportunité qui se présente. Près des 2/3 de la population n’appuierait pas la cause des étudiants, ça fait beaucoup de monde qui réclameront de leur rentrer dedans si d’aventure les extrémistes du côté étudiant réussissaient à renverser l’entente de principe. Déjà qu’un nombre important de gens ultra-conservateurs ne manqueront pas de clamer que le gouvernement ne s’est pas tenu debout, qu’il a manqué de colonne devant les associations étudiantes en faisant des concessions.

En fin de compte, souhaitons que la population québécoise ait appris une grande leçon de tout ce brouhaha social. Peu importe le problème, peu importe l’écart qui sépare les parties dans un conflit, si la bonne foi existe, si on est prêt à écouter la partie adverse, si on accepte de permettre à l’autre de rencontrer ses objectifs en même temps qu’on rencontre les nôtres, eh bien il n’y a pas de conflit qui ne peuvent être résolus. Négocier, voilà la solution aux problèmes de quelque nature qu’ils soient. Espérons qu’à la prochaine occasion, on n’attendra pas 12 semaines pour se réveiller.

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

5/01/2012

La démocratie à 35%...c'est pas de la crème !

Le journal La Presse par son éditorialiste en chef M. André Pratte critique la légitimité des votes de grève en laissant entendre qu'une forte majorité des étudiants sont contre la grève (Ici). Procédant du même délire qui animait Stéphane Dion et sa célèbre Loi sur la clarté référendaire, il condamne un vote tenu démocratiquement en utilisant le sophisme suivant: Si seulement 35% des étudiants sont en grève et qu'ils n'ont voté qu'à 50% +1 pour la grève, c'est donc une très forte majorité de plus de 75% des étudiants post-secondaires qui sont pour la hausse des frais de scolarité.Notez le raccourci entre ceux qui ont voté pour la grève et ceux qui sont favorables à une hausse des droits de scolarité. La suite vous l'imaginez : les coffres de l'état sont vides, on a pas les moyens d'offrir la gratuité scolaire, les particuliers et les entreprises croulent sous les taxes, etc.




Image tiré du site de Radio-Canada

Il y a deux enjeux ici : le premier consiste à renier un résultat qui ne fait pas son affaire en dénigrant ce résultat issu d'un vote démocratique. Ce vote serait illégitime parce que des personnes habiles à voter ne se sont pas prévalues de leur droit de vote. Pour ajouter à l'illégitimité, on considère que ceux qui se sont abstenus sont forcément d'avis contraire plutôt que de se répartir à peu près de la même manière que le résultat du vote. Cela me semble une vue de l'esprit et constitue à tout le moins un sophisme pour ne pas parler de malhonnêteté intellectuelle. Dans nos démocraties libérales, personne n'est obligé de voter, ce faisant, quand on ne vote pas, cela n'invalide pas le résultat du vote. On peut certes en être déçu et chercher à mobiliser davantage de personnes pour voter, c'est normal, mais affirmer que sans une majorité de 60 ou 75% le vote n'est pas légitime, c'est s'obliger à une forme de consensus obligatoire alors qu'on vit dans une société pluraliste où tous les courants de pensée sont autorisés au nom même de la démocratie. Dès lors, la majorité 50% +1 devient illégitime alors qu'elle représente bel et bien la volonté de la majorité qui vote.

Dans notre société, on vote tantôt d'un bord, tantôt de l'autre, ce qui fait qu'on évite les extrêmes qui ne font l'affaire que des groupuscules incapables de rallier à leur cause une majorité de citoyens. Le bon côté de cet état de fait, c'est qu'on est capable d'entendre tous les discours et de faire la part des choses. Si d'aventure la société s'égare et va trop loin dans une direction, on peut compter sur le gros bon sens de la masse pour corriger le tir à la première occasion. Voilà pourquoi une majorité lors d'un vote est légitime et reconnue par les démocrates même si ce n'est pas toujours un vote secret et même si plusieurs s'abstiennent de voter. N'en déplaise à M Pratte, ne pas voter est aussi l'expression d'une position sur un enjeu et ça fait partie de nos traditions démocrates, le nier ou pire, remettre en question le résultat d'un vote, c'est anti-démocratique. Nous devrions nous en étonner de la part de M. Pratte, mais dans le milieu qu'il fréquente, on a appris en 1995 que la fin justifie les moyens...

Le deuxième enjeu est en quelque sorte une parade déployée par les intoxiqués de la logique marchande pour concentrer l'essentiel des débats de société dans la sphère économique uniquement. Il n'y aurait plus que la loupe de l'économie pour nous permettre de jauger les politiques publiques. Faux débat où La Presse et son équipe éditoriale, tout comme le gouvernement qu’elle appuie d’ailleurs, tente de contenir la discussion sur l’enjeu économique uniquement.

Le réel enjeu est l’accessibilité aux études supérieures, au savoir, particulièrement pour la classe moyenne frappée de plein fouet par cette hausse des droits. Comment permettre aux enfants de toute la société d'accéder au savoir, pas seulement celui qui sert le développement économique, mais tous les savoirs qui constituent la culture, tous les acquis des hommes et des femmes qui constituent notre patrimoine. Qu'on pense à l'art sous toutes ses formes, aux humanités qui nous aident à faire des choix et nous remettre en question et trouver de nouvelles réponses aux nouveaux problèmes qui nous confrontent. Qu'on pense en fait à n'importe quelle formation non utilisable instantanément par l'entreprise privée pour le développement économique, s'il fallait que l'université sur la pente marchande délaisse la mission fondamentale de transmettre les savoirs universels acquis au fil du temps, quelle perte pour notre société et toutes celles qui seraient séduites par le chant de la sirène marchande.

L’université est mal gérée, si le financement fait défaut, l'université en est la première responsable, d'où la pression des étudiants pour amener le gouvernement à créer un groupe de travail pour revoir la gestion que les universités font des sommes d'argent considérables qui leurs sont confiées.

Par exemple, on a doublé les budgets de recherche et rapetissé comme une peau de chagrin les budgets de l’enseignement pour deux raisons qui n’ont rien à voir avec la dette de la province :

1- ce qui fait la renommée des université et leur permet d'attirer des étudiants étrangers payants, c’est la recherche et les publications scientifiques, d’où leur inclination à réclamer toujours plus d’argent pour augmenter le prestige de l’université sans que cela n'améliore nécessairement l’enseignement, car pour améliorer l'enseignement ça prend nous disent-ils des vedettes qui auront besoin à leur tour d'avantages et de salaires qui s'apparient à leur statut de vedette. Comment ne pas s'indigner ensuite quand on voit les recteurs se comporter comme des pdg de multinationales, salaires astronomiques, parachutes dorés, abonnement à des clubs privés, prêts sans intérêts pour une maison, etc. et réclamer des conditions extrêmes qu'on n'accorde même pas à notre premier ministre?

2- Les budgets de recherche et développement des entreprises privées ont fondu pour répondre à des impératifs de rendement économique à court terme imposés par les mercenaires à la tête des entreprises et le gouvernement fédéral dans son dernier budget s'accoquine avec ces mercenaires qui garnissent sa caisse électorale pour modifier la loi afin de financer la recherche appliquée que les entreprises privées délaissent. Ainsi, avec cette approche économique, on socialise les coûts de la R&D en la confiant aux universités vs aux entreprises privées et on privatise les profits produits par la recherche appliquée dans les universités grâce à des partenariats universités-entreprises qui ne garantissent plus aux universités l’indépendance qui les a toujours caractérisé. On voit apparaître les chaires XYZ inc. et on peut se questionner sur ce soudain grand intérêt des entreprises privées pour la R&D dans les universités et l’éthique qui y règne lorsqu’on voit les dérives des recteurs à tout bout de champ.

Alors qu’il est connu qu’un équilibre doit exister entre la recherche appliquée et la recherche fondamentale qui ouvre de nouvelles possibilités pour la société toute entière, notre gouvernement fédéral concentre, par sa politique, les efforts des chercheurs sur la recherche appliquée qui elle, profite d’abord aux entreprises privées.

Toute cette logique marchande contribue à évacuer les autres dimensions des enjeux de société et il me semble que La Presse par son obsession économique occulte une part importante du débat de société qui doit avoir lieu en regard d’autres dimensions telles le culturel (transmission du savoir) et le sociétal (mieux vivre ensemble). Alors vous comprendrez que le pourcentage en faveur ou contre la grève des étudiants et la légitimité du mouvement étudiant 2012, c’est pour moi une parade visant essentiellement à nous empêcher de discuter des vrais enjeux…

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

4/26/2012

La CLASSE, démocratie directe et l'anarchie...


La CLASSE fait la promotion de la démocratie directe et l’anarchie, i.e. l’absence de hiérarchie qu’elle rejette sous toutes ses formes, d’où son aversion à négocier et le choix de ses 4 représentants à la table de négociation qui sont contre toute forme de négociation. Le seul mandat qu’ils acceptent du congrès, c’est de s’opposer à toute proposition qui n’embrasserait pas intégralement leurs revendications. Partant du principe que leurs regroupements d’étudiants se sont prononcés sur leurs exigences, ils en font l’addition et prennent les moyens pour l’obtenir.
Pas évident de négocier avec une telle organisation. D’autant que si une ouverture est faite par le gouvernement, les représentants de la CLASSE sont obligés de retourner devant les étudiants à chaque virgule avant de dire oui à la table de négo.
La démocratie directe et l’anarchie sont de belles théories qui n’ont jamais marché nulle part dans un grand groupe parce que c’est trop lourd. il existe plusieurs biais qui empêchent cette théorie utopique de fonctionner: les lobbies, les forts en gueule, les manipulateurs, le manque d’information n’en sont que quelques exemples de biais qui viennent fausser les choix des adeptes de cette fumisterie. On a qu’à observer quelle part est faite à ceux qui ne partage pas l’opinion dominante dans ces organisations, pour constater que t’as intérêt à penser comme les ténors de l’organisation.
On vit dans une société démocratique représentative où on élit un député aux 4 ou 5 ans. Entre les élections, lorsqu’une politique déplaît à une majorité de la population, on a le droit de manifester son désaccord même par la résistance passive et par la désobéissance civile, étant entendu qu’on vit dans une société de droit et qu’on devra assumer les conséquences de désobéir aux ordres, aux lois et aux règlements. Le grand dérangement provoqué vise à faire reculer le gouvernement. Par la non-violence, la désobéissance civile et la résistance passive Ghandi a réussi à libérer son peuple, même s’il a dû faire des années de prison pour défendre ses idées. Il n’en est devenu que plus grand aux yeux de son peuple. Les étudiants auraient beaucoup à apprendre de l’exemple indien. La casse ne réglera rien, elle fait plutôt la bonne fortune de M. Charest qui capitalise sur les casseurs et se justifie ainsi d’adopter une ligne dure alors que l’appel au calme et aux discussions sont la seule voie pour trouver une issue à ce conflit.
Je m’inquiète de la fracture sociale qui s’installe entre les jeunes et les plus vieux. Une société en santé a besoin de tout son monde.
Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

4/04/2012

Chapeau, M. Curzi




Mme Josée Legault écrit dans Voir aujourd’hui (ici) que M. Curzi a fait un travail remarquable en produisant et déposant à l’Assemblée nationale un projet de loi 101 rénové et corrigeant les lacunes de cette loi surtout depuis que les jugements de la Cour Suprême l’ont amputé d’éléments jugés essentiels par le gouvernement québécois au moment de l’adoption de cette loi.

Il serait intéressant de connaître combien de québécois en âge de voter ont pris le temps de lire le projet de loi 101 de Pierre Curzi. Je doute que le nombre soit très élevé et de par le fait que Pierre Curzi soit un souverainiste, je parierais que mis à part les analystes politiques fédéralistes, bien peu de fédéralistes se sont donnés la peine de simplement le lire. Je parierais même un peu d'argent que M. Charest ne l'a pas lu lui non plus avant de le rejeter du revers de la main suite au résumé d'un conseiller politique de son entourage (il nous a déjà fait le coup avec le rapport Duchesneau).

Je ne jugerai pas du fait que peu de gens ont lu le projet de loi de Pierre Curzi à partir des commentaires sur  les blogues... Il est manifeste que les positions sur de nombreux enjeux de notre société s'établissent trop souvent par alignement automatique sur les commentaires des porte-paroles politiques de chaque formation. Si vous en doutez, lisez-les.

Après cela, on s'étonne de tourner en rond et du retard qu'on prend au Québec sur certains aspects. On s'étonne qu'encore 40% des allophones choisissent l'anglais au CEGEP avant d'entrer sur le marché du travail malgré la Loi 101. On s'étonne que les assimilés tranquilles se réjouissent que c'était 60% avant la Loi 101 ce qui démontrerait selon eux la «nette progression» du français! Ce qui signifie plutôt qu’après plus de 35 ans d’obligation de parler français, 40% de tous les immigrants choisissent l’anglais pour mieux gagner leur vie au Québec.

Intégration ratée à 40%, affichage en anglais, raisons commerciales en anglais, service en anglais, boîtes vocales des ministères et organismes gouvernementaux complètement bilingues, les droits initialement prévus et accordés à la minorité linguistique anglophone du Québec ont été étendus par laxisme de l’OQLF à tous les québécois, qu’ils soient d’origine canadienne ou des immigrants puisqu’on ne prend aucun moyen dans ce gouvernement pour réserver ce droit à ceux à qui il a été accordé. Cela lance le message aux allophones que parler anglais est avantageux au Canada et au Québec. Des faits ici !

Oui j'ai mal à ma langue quand je circule à Montréal, n'en déplaise aux partisans du multiculturalisme. Oui j'ai mal à ma culture quand je vois le traitement que le gouvernement fédéral fait du «bilinguisme officiel» de ce pays en nommant des unilingues anglophones à des postes aussi importants que juge à la Cour Suprême,  Vérificateur général, etc.

Oui j'ai mal à mon Histoire quand je constate le laxisme de mes gouvernements québécois qui laissent les pédagogues du ministère de l'Éducation gommer l'Histoire nationale de nos cours d'histoire et mettre sur pied des cours d'éducation et de culture religieuses où on enseigne à mes petits-enfants à s'ériger et condamner un symbole religieux catholique et qu'on lui enseigne de l'autre côté de la bouche à tolérer le kirpan, le foulard islamique et les écritures religieuses juives clouées sur le cadrage de toutes les portes de l'Hôpital général Juif de Montréal.

Comment se fait-il que seulement les québécois francophones dans ce pays sont xénophobes, racistes, réactionnaires et repliés sur soi parce qu'ils essaient de protéger leur langue, leur culture leur histoire? Pourquoi la Loi 101 a-t-elle été charcutée par morceaux par la Cour Suprême et surtout pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas fermé la porte catégoriquement aux écoles passerelles? Ce ne sont pas que les enfants qui vont dans les écoles passerelles qui s'achètent un droit, ce sont tous les descendants de ces enfants qui bénéficieront de ce droit acheté par leur ancêtre. Le laxisme de Jean Charest dans cette affaire est scandaleux, l’Assemblée nationale du Québec a voté la Loi 101, cette assemblée a le pouvoir de dire non à la Cour Suprême en recourant à la clause dérogatoire et ne le fait pas, c’est une abdication honteuse devant le devoir de l’Assemblée nationale de faire respecter ses lois et à plus forte raison une loi aussi fondamentale que la Loi 101.

Bravo M. Curzi pour votre projet de loi 101. Je comprends votre décision d’avoir refusé de retourner au Parti québécois, sachant que Mme Marois ne trouvait pas approprié de le déposer à ce moment-ci. Maintenant que c’est fait et que le débat est relancé avec toutes les mauvaises nouvelles qui tombent toutes les semaines sur la tête des francophones du Québec, souhaitons-nous que vous reconsidérerez votre décision de mettre un terme à votre carrière politique, il vous reste du travail à faire et vous en avez la carrure pour le mener à terme.

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

4/03/2012

Vivre en anglais à Montréal, facile...

http://tinyurl.com/7nhr2m8


Comme la grenouille dans le chaudron d'eau sur le rond de poêle ne souffre pas de l'augmentation lente de la température jusqu'à en mourir, certains québécois francophones plutôt sensibles à l'ouverture sur le monde, à l'ouverture aux autres, à un nous plus inclusif et rassembleur, à la langue des affaires, au multiculturalisme, au fédéralisme canadien et anti-souverainistes avoués, se sentent bien sous la chaleur de l'assimilation tranquille. Bientôt ces Boisvert devenus Greenwood, ces Bélanger devenus Bellanger, ces Dupré devenus Meadows seront bien heureux de rappeler à leurs petits-enfants que leurs ancêtres sont venus de France et parlait une langue qu'ils ont malheureusement oublié depuis. What was it then?

C'est tristes de voir combien de gens ne réalisent pas à quel point le combat pour la survie de la langue française au Québec est en train de devenir un souvenir du passé. Combien la langue au centre de notre culture, de notre histoire, de notre identité est menacée et avec elle ce que nous sommes de moins en moins. On nous assomme avec de beaux discours sur les bienfaits de l'abandon des identités nationales et on nous imagine citoyen du monde où pour avoir du succès, faut s'effacer et laisser toute la place à la majorité anglophone qui nous submerge et aux minorités ethniques dont on nous dilue en nous faisant croire que nous sommes itou qu'une minorité parmi les autres plutôt qu'un des deux peuples fondateurs de ce pays.

On s'aplatit, on s'à-plat-ventrit, on baisse les bras, on abandonne et on se cache la tête dans le sable. On s'illusionne sur la progression du français et on se réjouit maintenant qu'un article comme celui-ci soit perçu par plusieurs comme une tempête dans un verre d'eau.

«Vous êtes pas tanné de mourir bandes de caves, c'est assez.
Ci-git un peuple mort en chemin pour n'avoir pas su où il allait.»

Célèbre de phrase du poète Claude Péloquin sculptée par Jordi Bonnet sur les murs du Grand théâtre de Québec en 1970, voilà 42 ans...

Je suis indigné de cette nonchalance vis-à-vis du français

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

3/15/2012

De nourriture Hallal ou Cachère à la difficulté d’intégration des immigrants


Comme ça, juste pour la discussion, il y a donc des sujets de temps à autre comme celui-là qui font surface et qui devraient être mis de côté sans que personne n'ait l'opportunité d'en débattre. Simplement parce que nos élites intellectuelles le décrètent.

Je trouve curieux qu'on nous dise qu'aborder ces sujets c'est faire preuve de racisme, d'antisémitisme, d'islamophobie, de fermeture d'esprit, d'intolérance etc., quand ce n'est pas d'imbécilité et d'idiotie ou d’ignorance crasse. Je trouve curieux que nos élites intellectuelles y aillent des plus beaux jeux de mots (comme sur Twitter) pour ridiculiser à toute fin pratique tous ceux qui se posent des questions sur la signification de ces rites religieux lors d'abattage d'animaux.

Ne trouvez-vous pas que nos élites intellectuelles sont promptes à condamner une grande partie de la population québécoise qui se voit exposée soudainement à une réalité dont elle ignorait l'existence encore avant hier?

Pour des donneurs de leçons, il me semble qu'il y avait là une opportunité d'informer la population sur cette pratique plutôt que de tenter d'imposer un point de vue en tournant en ridicule ceux qui se posent des questions.

À mon avis, il ne s'agit pas tant d'une histoire de santé publique que d'une histoire d'us et coutumes étrangères dont on ignore tout. Me semble que l'opportunité était belle de saisir l'occasion de faire œuvre utile en expliquant une tradition religieuse qui choque certains et de la mettre en contexte, d'en débattre et d'expliquer pourquoi par exemple l'étourdissement avant l'égorgement pratiqué dans les abattoirs ordinaires ne peut pas être accepté par les imams ou les rabbins alors que dans certains pays cette pratique est acceptée par les autorités musulmanes. Les accommodements raisonnables ne seraient-ils qu’à sens unique?

Bien sûr, bien des grelots ont été accrochés à la nouvelle, on a d'abord évoqué du côté du PQ la santé publique, on a évoqué ailleurs la cruauté envers les animaux, les coûts additionnels assumés par tous, on a évoqué également l'insidieux silence qui a tenu à l'abri des regards l'implantation d'abattoirs ou autres fournisseurs d'aliments Halal et Cachère. On peut répondre à chacun de ces arguments, y faire face, les uns après les autres, amener la population à relativiser, à comprendre et de là, ne pas craindre la diversité.

Les partisans du multiculturalisme ont plutôt choisi de condamner sévèrement ceux qui soulèvent des questions plutôt que de les rassurer. Ça fait cool, ça fait ouvert sur le monde, sur la diversité, ça fait tolérant, ça fait sûr de soi, en complète possession de ses moyens. Quoi de plus facile que de caricaturer ceux qui ne comprennent pas ou qui ne connaissent pas. Ce n'est pas la minorité qui est jugée intolérante, c'est l'immense majorité des québécois qui sont au banc des accusés. Ce n’est pas banal, un sondage non scientifique sur internet démontrait cet après-midi que 79% des québécois qui y ont répondu étaient dérangés par cette affaire, alors quand les bien-pensants affirment que les québécois s'inquiètent beaucoup plus des OGM que des rites Halal ou Cachère, ils avancent un argument non fondé. Certes, les OGM font craindre le pire. Mais en se servant de cet exemple pour affirmer que les rites religieux lors d'abattage d'animaux n'inquiètent que les ignares et les racistes nos élites extrapolent à partir de leur opinion pour conclure à propos de celle de tous les québécois...

Ce n'est pas par l'insulte qu'on réconcilie les points de vue, ni par l'arrogance, ni la suffisance, ni l'ironie, ni la caricature. C'est en acceptant d'écouter les points de vue divergents, et en tolérant que des opinions contraires aux siennes puissent être légitimes et fondées qu'on fait preuve d'ouverture, de tolérance et d'accueil des autres, exactement ce qu’on reproche aux québécois.

Quand même curieux que ce soit toujours les québécois nationalistes d'origine française qui soit les intolérants, les racistes, les repliés sur soi. Si certains font le choix de renoncer à leur identité, leurs racines pour pouvoir affirmer qu’ils sont ouverts sur le monde, c’est leur affaire. Généralement, ces gens émigrent. Acceptez toutefois que d’autres soient mal à l’aise à l’idée de participer à la disparition de leur nation car au fond, tous ces débats ont un point en commun : c'est la vitesse à laquelle on demande aux québécois de renoncer à ses us et coutumes pour accueillir des personnes venues de tous les pays du monde qui sont plus enclines à s’intégrer à la communauté anglophone de l’Amérique du Nord qu’à la communauté francophone du Québec.  Je vis à Montréal et j’ai 60 ans, alors ne me dites pas que les immigrants s’intègrent volontiers à la communauté francophone, la force d’attraction de l’anglais est forte et les exemples se comptent par milliers à Montréal où l’intégration ne se fait tout simplement pas. On voit émerger de plus en plus de ghettos ethniques et vous n’avez qu’à observer comment l’échec du multiculturalisme fait des ravages en France et en Angleterre pour apprendre à douter un peu de vos certitudes.

Si on souhaite une intégration réussie, ne vaudrait-il pas mieux respecter le rythme de la société d'accueil plutôt que de la «bulldozer» avec le multiculturalisme et les droits individuels au détriment des droits collectifs? Ne vaut-il pas la peine d’appliquer le principe de prudence face à l’assimilation des québécois dans l’ensemble canadien plutôt que de jouer les fanfarons sur d’eux-mêmes et nier l’existence du problème d’intégration des immigrants à la société québécoise francophone.

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

3/13/2012

Rien à négocier, Monsieur Pratte, vraiment!



M. Pratte parle encore comme si toute la société devait être au service de l'économie comme c'est son habitude plutôt que de considérer l'économie comme un moyen au service de la société. Une fin de non recevoir, point final. Du haut de sa tour d'ivoire, à l'abri du besoin, il use de sa tribune privilégiée pour mépriser les milliers d'étudiants et les enjoindre de rentrer la tête entre les deux jambes. Des milliers d'étudiants sont dans la rue pour réclamer un accès à l'université et tout ce qu'il trouve à dire, ce sont de méprisants clichés sur les étudiants qui ont un téléphone intelligent, qui passent leur temps à manifester et qui vont s'essouffler avec l'arrivée du printemps.

M. Pratte est malhonnête sur ce sujet ou il fait preuve d'une paresse intellectuelle indigne de sa fonction. Il y a autant d'économistes qui donnent raison au gouvernement qu'il y en a qui lui donne tort Points de vue d'économistes ici (blogue et commentaires) et point de vue des étudiants Endettement des étudiants. Il n'apporte aucune solution, il condamne. Son argument, enfin celui du gouvernement qu'il fait sien, prétend que les étudiants vont recevoir plus d'aide et que ça ne nuira pas.  C'est faux, archifaux, les étudiants dont les parents sont incapables de contribuer au financement des études de leurs enfants doivent travailler en même temps qu'ils étudient. De plus en plus les étudiants québécois doivent travailler et c'est plus particulièrement vrai pour tous ceux qui doivent quitter leur région pour aller étudier dans les grands centres où s'y trouvent les universités. Il y a une limite à travailler si nous voulons que nos jeunes réussissent leurs études, voir à ce sujet l'étude de la FEUQ : Travail étudiant.

J'aimerais bien voir tous les parents qui sont pour la hausse des droits me dire s'ils sont prêts à payer à leur jeune le montant que le gouvernement prétend que les parents doivent contribuer aux études de leurs enfants. Car dans le calcul des prêts et bourses, la contribution des parents représente plusieurs milliers de dollars et ce ne sont qu'une faible partie des parents qui le font. Ce sont les enfants de la classe moyenne qui n'auront plus accès aux études, pas les plus pauvres, ni les plus riches, mais l'immense majorité dans la classe moyenne qui sans le supposé support de leur parents (5 à 7000$ par année) vont devoir travailler trop d'heures pour payer leurs études ou devoir les abandonner. Malheureusement la propagande gouvernementale, propulsée par Québécor et Gesca pour leurs intérêts, est en train de convaincre bien du monde qui regarde ça de l'extérieur sans chercher à s'informer sur les réels enjeux de la hausse des frais de scolarité : une société plus juste, scolarisée où les écarts entre les riches et les pauvres est plus raisonnable que ce que M. Pratte voudrait voir.

La solution c'est de considérer les études comme un investissement nous dit le gouvernement. Soit, c'est un investissements qui va bénéficier à toute la population, pas seulement aux étudiants. Alors choisissons de faire porter le poids de l'investissement par celui qui a les reins le plus solide : le gouvernement, pas l'étudiant. Négocions plutôt avec les étudiants une formule de remboursement des ces coûts basée sur leurs revenus réels futurs avec une période d'amortissement de cette dette qui tienne compte que tout le monde ne finira pas ingénieur, médecin, avocat, comptable ou MBA. Soyons conscient qu'une société en santé a aussi besoin de diplômés dans d'autres domaines tels la philosophie, la sociologie, l'histoire, les arts, l'anthropologie, etc. Il est faux de prétendre que tous les étudiants auront un revenu supérieur parce qu'ils ont un diplôme universitaire. Choisissons de négocier avec les étudiants une formule qui permette au Québec d'utiliser leurs talents ici au Québec pendant une période raisonnable s'assurant qu'ils paieront des impôts ici plutôt que dans une autre province ou un autre pays. Choisissons de négocier avec les étudiants une formule qui permette à l'investisseur (gouvernement) de facturer le coût de la formation donnée gratuitement si ce finissant choisi d'aller voir ailleurs si le soleil n'est pas plus brillant. De cette façon, tout le monde sera gagnant: les étudiants qui pourront accéder à l'université et obtenir un diplôme, le gouvernement qui recouvrera sa mise et tous les québécois payeurs de taxes qui trouvent déjà que leur part est trop élevée.

Évidemment, pour que ça arrive, il faut une volonté de négocier et d'inventer des façons originales de régler les problèmes plutôt que de lâcher la police après les étudiants comme ici. Ce que M. Pratte n'arrive pas à comprendre du haut de sa tour d'ivoire.

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

3/02/2012

HEC et maintenant UdeM en anglais



Une chronique de Sophie Durocher dans le Journal de Montréal ce jeudi 1er mars, ici, lui a valu une volée de bois vert de la part des lecteurs. On l'accuse de pratique journalistique douteuse, de journalisme de bas étage, indigne du titre professionnel. On veut porter plainte à la FPJQ, au conseil de presse, bref on s'indigne que la journaliste trouve anormal que les étudiants de la faculté de droit puissent remettre leurs travaux en anglais ou répondre aux questions d'examens en anglais, et ce, même si le professeur ne parle pas anglais.

À force d'oublier sa propre identité, on en vient à trouver raisonnable qu'une institution universitaire française dans une province à majorité française accepte des travaux et des examens présentés en anglais sous prétexte de ne pas pénaliser l'étudiant anglophone, étranger et même d'origine québécoise. C'est une aberration, rien de moins et Mme Durocher a raison de s'indigner, n'en déplaise à tous ceux qui associent son article une pratique journalistique non professionnelle. Ce n'est certainement pas parce que ça se fait ailleurs (présenter ses travaux dans une autre langue), que ça rend cette pratique acceptable. On ne corrige pas une erreur par une autre erreur.

Ce que Mme Durocher dit, c'est qu'après HEC, voilà l'U de M qui fait pareil. Pourquoi faut-il toujours que la majorité s'adapte à la minorité? Ne trouvez-vous pas que ce serait l'inverse qui serait approprié et normal si notre ambition est de survivre en Amérique du Nord. Quand les gens sont rendus à ne plus voir de problème dans le fait que nos universités francophones s'anglicisent sous prétexte de faire des affaires plus facilement, sous prétexte d'accueillir des étudiants étrangers payants, quand nos universités ont pour vocation de former nos élites et qu'elles démissionnent si facilement de leur responsabilité de former nos futures élites en français, on se dit que notre avenir collectif est en péril. Pas surprenant que le français soit devenue minoritaire sur l'île de Montréal.

Réveillez-vous, bon dieu, on sera une minorité ethnique parmi les autres dans ce merveilleux Canada plutôt qu'un des deux peuples fondateurs et on fera partie du folklore, comme les français de la Louisianne ou ceux du Nouveau-Brunswick ou du Manitoba. Pas loin le jour ou on parlera un français fait de trois mots de français et deux mots d'anglais. Quand on ne voit plus de problème au fait que nos universités francophones font des accommodements déraisonnables, c'est qu'on est en voie d'assimilation rapide.


Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

2/28/2012

Pour en finir avec la grande noirceur...





De tout temps, les élites de la société québécoises ont fait des bons coups et des moins bons. Il est vrai qu'on a voulu s'affranchir du passé né-pour-un-petit-pain lors de la Révolution tranquille et qu'on l'a fait en balançant tout ce qui était perçu comme un frein à notre émancipation et à notre ouverture sur le monde. Cela participait à un plus vaste mouvement mondial, peut-on dire, puisque d'autres sociétés développées l'ont aussi fait en même temps que nous, pensons à mai 68 en France.


Nos élites religieuses, politiques et économiques du passé ont essuyé leur large part de reproches mérités pour avoir maintenu parfois consciemment, parfois inconsciemment les québécois dans leur statut de né-pour-un-petit-pain. Plusieurs facteurs expliquent ces agissements et ces condamnations. Par ailleurs, lorsque l'Histoire s'écrit, il ne saurait être question de gommer les bons coups pour ne conserver que ce qui nous sert à justifier le rejet du passé. Le temps est venu de reconnaître, malgré les mauvais coups, les bons coups de ceux qui nous ont dirigés ici au Québec. Cela fait partie de notre histoire, de ce que nous sommes. À l'inverse, verser dans l'apologie des bons coups en occultant le côté négatif de notre histoire, ne nous aidera pas non plus à dégager une direction à prendre. La nouvelle biographie de M. Bourassa par Georges-Hébert Germain, ne présente que les bons coups, gommant cette fois-ci les mauvais; l'erreur est de même nature (Germain, 2012).

Ceci étant, le temps vient maintenant de placer dans les deux plateaux de la balance les bons et mauvais coups et décider en toute connaissance de cause de quel côté penche la balance et prendre les décisions qui nous permettent de non seulement survivre, mais de progresser comme nation.


M. Bock-Côté dans son dernier essai: Fin de cycle, nous expose essentiellement deux raisons à la déconfiture de la souveraineté après l'échec du référendum de 1995. La dérive vers la gauche progressiste du Parti québécois a fait fuir les québécois de centre-droit et de droite qui ne trouvent plus au sein du Parti québécois les valeurs qu'ils chérissent. Deuxièmement, la politique du multiculturalisme a dilué notre nationalisme québécois en intégrant mal les immigrants à la nation québécoise (Bock-Côté, 2012). D'où la crise identitaire provoquée par les accommodements raisonnables devenus rapidement déraisonnables aux yeux de nombreux québécois.


Joseph Facal ajoute il y a quelques jours dans sa chronique sur Fin de cycle que M. Bock-Côté a raison, mais que ce ne sont pas les deux seules raisons qui expliquent la baisse de la ferveur souverainiste (Facal, 26-02-2012, Pourquoi?). Premièrement, il y a également le fait que pour plusieurs, le Québec s'est développé au sein du Canada et somme toute, il ne se considère pas dans un «goulag».


Deuxièmement, le calme plat au plan constitutionnel et l'absence de crise n'aide pas à récupérer ceux qui sont normalement plus fédéraliste que souverainiste et qui seraient enclin dans les situations de crise à flirter avec la souveraineté.


Troisièmement, les babyboomers n'ont pas su passer le témoin de la souveraineté à la génération suivante, sans cours d'histoire, il constate que ses étudiants ne savent rien de René Lévesque, ce qui en dit long sur la culture politique des X et Y.


Quatrièmement, il ajoute que toutes les sociétés occidentales carburent à ce qu'il appelle l'individualisme radical et le nombrilisme jouisseur, ce qui nuit considérablement au collectivisme à la solidarité désintéressée, tout ce qui les solidarise étant le corporatisme.


Finalement, il croit que le fait que le Québec n'ait jamais expérimenté la souveraineté à l'exemple des irlandais, des écossais, des peuples baltes et que les québécois aient toujours été dans un état de dépendance envers la France, puis envers l'Angleterre et aujourd'hui envers le Canada anglais, ne lui offre pas d'exemple de son passé permettant de convaincre les québécois d'aujourd'hui que l'autonomie est une nécessité pour croître en fonction de ses propres choix .


Plutôt que d'effectuer un retour aux sources pour nous réconcilier avec notre passé et se faire accuser de glorifier la Grande noirceur, note l'historien Éric Bédard dans son essai : Le recours aux sources, il serait plus approprié de parler de recourir à notre passé pour nous aider à définir notre identité collective et amener l'ensemble des québécois à adopter les valeurs qui nous ont permis de survivre en Amérique du Nord (Bédard, 2012).


En bout de piste, ce qui nous distingue ici au Québec, c'est que nous étions et nous sommes encore une société colonisée, vivant comme des Tanguy dans la fédération canadienne, incapable de prendre notre destinée en main, incapable de nous responsabiliser collectivement, trop frileux à l'idée de quitter un pays qui n'a jamais été, n'est pas et ne sera jamais le nôtre. La fédération des canadiens anglais et des canadiens français est une utopie, une vue de l’esprit qui nous oblige à accepter notre rôle de subordonné aux intérêts des canadiens anglais. Tant mieux s’il nous reste des miettes qu’on veut bien nous consentir pour maintenir le lien fédéral et surtout le marché de huit millions de personnes que nous sommes au Québec.


Tous les appels à la fédération des intérêts canadiens et au partage d'un territoire qu'on considère étranger ne suffiront pas à masquer le fait que le Canada est le pays des «canadians» anglais; le Québec, terre de nos aïeuls français est notre patrie, mais on préfère collectivement s'illusionner en croyant que le Canada nous appartient autant qu'aux canadiens anglais (discours des fédéralistes québécois et des français hors Québec en train de mourir, noyé dans la mer anglophone qui les submerge). Car dans les faits, ne nous illusionnons pas, nous sommes l'enfant adopté parmi nos demi-frères et demi-soeurs «canadians» et quoiqu'on nous promette pour nous garder dans la famille, ce sera toujours avec condescendance et mépris pour ce faux-frère québécois que les parents «canadians» s’obstinent à garder dans le giron familial pour des raisons économiques seulement.


Tous les prétextes étaient et sont encore bons pour nous faire croire que le Canada est aussi notre pays.


Ce doit être pour ça que Pierre-Éliott Trudeau a mis son siège en jeu lors du référendum de 1980 pour proclamer qu’un vote pour le NON était un vote pour le changement, qu’ensuite son changement promis, il l’a traduit par le rapatriement de la constitution canadienne en 1982 sans l’accord du Québec.


Ce doit être pour ça que toutes les tentatives pour nous faire réintégrer la constitution, Meach en 1990 et Charlottetown en 1992, ont échouées.


Ce doit être pour ça que les  «canadians» ont contrevenu aux règles de financement des comités pour le OUI et le NON au référendum de 1995 en dépensant 35 millions de dollars, soit 7 fois plus que les 5 millions de dollars autorisé par la Loi à chaque camp.


Ce doit être pour ça que ce financement illégal ponctuel au référendum de 1995 s’est transformé en programme permanent de commandites et de promotion de l’unité canadienne jusqu’à l’éclatement du scandale des commandites révélé au grand jour par la vérificatrice générale du Canada en 2004.


Ce doit être pour ça que le Conseil pour l’unité canadienne, dont le site internet est unilingue anglais continue de dépenser et placer ses pions pour étouffer une fois pour toute nos velléités de devenir souverain et faire de tous les québécois l’équivalent des français hors-Québec.


Ce doit être pour ça qu’on tente de rentrer dans la tête des jeunes que le débat constitutionnel est clos, qu’il ne faut pas vivre dans le passé, qu’il faut plutôt l'oublier, regarder en avant et entrer dans la modernité au sein du beau Canada, en même temps que les économies se mondialisent.


Comme l'adolescent attardé de 30 ans qui refuse de quitter le nid douillet de papa et maman Canada de peur de ne pas jouir de tout le confort de la maison familiale, il s'en trouve encore plusieurs pour préférer vivre au crochet du Canada éternellement, du moins tant que papa et maman «canadians» ne décideront pas de nous botter le cul hors du nid. Cela a un bon côté à court terme : une qualité de vie comparable aux «canadians», mais à long terme,, notre assimilation à l'anglais, ne serait-ce que par les effets pervers de l'immigration et du rapetissement de la force du français au Canada, est inéluctable.


Pour preuve, la majorité de la population de l'île de Montréal parle maintenant une autre langue que le français. Considérez la proposition de la nouvelle carte électorale canadienne: le poids du Québec diminue et ce n'est que le commencement. La proposition de réforme de la carte électorale au Québec, de surcroît, donnera un plus grand poids à la grande région métropolitaine de Montréal au détriment des régions du Québec, accentuant de ce fait par le jeu de l'immigration le rapetissement de l'influence du français. D'où la triste constatation de Mathieu Bock-Côté que l’inter-culturalisme nous condamne à l'assimilation.


Nous devons collectivement nous rappeler notre passé, notre histoire et le débat constitutionnel est loin d’être dépassé : nos ancêtres sont venus de France, ils ont défriché ce pays, l’ont bâti en versant leur sang, avec force sueur et avec force énergie. Ils ont su perpétuer dans des conditions extrêmes notre culture, sauvegarder notre langue et survivre en Amérique du Nord alors que tout était en place pour nous assimiler. Il faut que notre devise retrouve sa place, il faut que nous mettions de côté nos vieilles rancunes à l’égard des élites religieuses, politiques et économiques pour qu’en disant haut et fort : « Je me souviens », nous nous souvenions plus de ce que nos ancêtres ont fait, parfois malhabilement peut-être, mais de bonne foi souvent pour nous permettre de survivre en français en Amérique.


Ainsi, ces paroles du défunt Robert Bourassa pourront prendre tout leur sens, même s’il n’a pas eu le courage de réaliser ce qu’on attendait de notre premier ministre : « Le Canada anglais doit comprendre de façon très claire que, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, le Québec est, aujourd'hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d'assumer son destin et son développement. » (Discours du 22-06-1990 à l'Assemblée nationale)


Pour garder la flamme et même souffler dessus, il faut parler d’histoire et se rappeler les humiliations dont nous sommes sujets chaque fois qu’il est question d’être traité sur un pied d’égalité. À ceux qui soutiennent que parler des humiliations du passé nous pose en victime et parler du passé est ennuyant et dépassé, je leur dis: qui ne connais pas son passé est condamné à répéter les mêmes erreurs éternellement. L'assimilation des français au Canada est en progression, notre poids politique diminue, nos valeurs sont challengées et l'immigration et la politique d'inter-culturalisme de Québec aidant, il sera bientôt trop tard et nous ferons partie du folklore pour le reste de nos jours. Nous serons une minorité ethnique parmi les autres. Ce n'est pas ce que j'ai rêvé pour mes enfants.


Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

2/24/2012

Les nouveaux amis de M. «Power Corp.» Desmarais





La vie sociale d'un premier ministre ou d’un pdg d’une institution publique est parfaitement compréhensible. Peuvent-ils comprendre également que dans leur position ils devraient se garder une petite gêne au plan éthique pour éviter de copuler avec n'importe qui?

L'empire de M. Paul Desmarais est tentaculaire et qu'il cherche à faire des affaires et conclure des marchés à son avantage, se comprend. Grâce à sa fortune amassée en raison de ses «deals» avec ses amis, il a les moyens de les charmer et de s'en faire des alliés. Pas de problème si ses amis savent faire la différence entre une activité sociale et les intérêts qu'ils défendent — ici la population québécoise — et qu'ils sont capables de dire non à leur nouvel ami riche et puissant.

Mais quand on constate la proximité de M. Desmarais avec le pouvoir politique ici au Canada et en France, il y a lieu de s'inquiéter. Des amis, ça se retourne l'ascenseur, puis quand ce n'est pas ton argent qui est en cause, c'est plus facile de mettre l'amitié au dessus de l'intérêt des gens qu'on représente, surtout qu’une carrière politique ou de pdg, ce n’est pas éternel.

Il ne suffit pas que justice soit rendue, il faut qu’il y ait apparence de justice, dit-on dans le milieu judiciaire. À cet effet, les juges adoptent une politique plus restrictive en cette matière, peut-être notre gouvernement devrait-il s'en inspirer. On voit mal un juge aller passer la fin de semaine chez un avocat qui plaide devant lui la semaine suivante, même s'il affirmait que ce n'est qu'une activité sociale, qu’il a le droit d’avoir des amis et qu'ils n'ont pas parlé du procès, qui le croirait?

Le manque de retenue de M. Charest et M. Sabia conduit inévitablement à des questions sur les investissement du gouvernement et de la Caisse, sur les politiques adoptées, sur l'embauche d’anciens dirigeants publics et même sur les nominations à des postes-clés de l’État, etc. Il subsistera toujours un doute à savoir si M. Desmarais ne tire pas les ficelles qui font agir ses nouveaux amis!

Ceci dit, il n'est pas nécessaire d'empêcher un premier ministre de rencontrer les acteurs de la société qui sont influents et qui peuvent négocier avec l'état québécois des ententes, des marchés mutuellement avantageux. Ceci devrait se faire « sur-les-heures-de-bureau » comme on dit. En présence de témoins : chef de cabinet, conseiller ou autre de manière à pouvoir rendre compte, des agendas ouverts, i.e. une garantie de probité.

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

Les frais de scolarité, toujours trop cher

Une jeune étudiante de l'UQTR écrit dans le devoir du 23 février les raisons pour lesquelles elle s'oppose à la hausse des frais de scolarités. http://bit.ly/w3IA5v

Puis suivent de nombreux commentaires, les uns en faveur, les autres contre. En définitive, une fois considérés tous les arguments de part et d'autre, que peut-on en conclure?


  1. C'est un débat stérile puisqu'il ne s'élève pas au-dessus des intérêts personnels.
  2. Pour faire avancer ce débat et possiblement résoudre la crise actuelle, il va falloir répondre à une question idéologique. Doit-on dans notre société privilégié l'individu sur collectivité?

On nous présente beaucoup d'arguments pour justifier son point de vue. Mais la question demeure, quelle valeur veut-on privilégier? Soit on laisse l'individu se démerder et la richesse de ceux qui réussissent va leur permettre d’en laisser suffisamment dans leur sillage pour que les plus pauvres puissent survivre et même prospérer. Soit encore, on s'organise dans la société pour taxer davantage et redistribuer cette richesse de manière à ne laisser personne derrière.

Quand les uns mentionnent qu'on est déjà parmi les plus taxés, il faut aussi ajouter qu'on est parmi ceux qui reçoivent le plus de services (garderies, congés parentaux, médicaments gratuits, frais de scolarité plus bas, subventions de maintien à domicile, etc.

Moi ça me convient, je ne déménagerais pas ailleurs, ni au Canada, ni aux É.-U., ni ailleurs non plus. J'aime vivre ici ; oui je paie beaucoup de taxes et d'impôts, mais ce n'est pas l'enfer. Je vis dans une société accueillante, tolérante, où les opportunités ne sont pas réservées exclusivement aux plus riches. Je ne vois pas la pauvreté extrême côtoyer la richesse indécente. C'est un choix et j'accepte de payer plus et même parfois si ça ne me sert pas pour que tout le monde profite d'une qualité de vie, voilà. Une société plus juste où les écarts sont moins considérables, voire indécent trop souvent.

L'éducation, c'est bon pour notre société, on en profitera tous si nos enfants réussissent à s'instruire. Davantage s'ils ne sortent pas à la fin de leurs études avec des dettes qui retarderont leur départ dans la vie: fonder une famille, s'acheter une maison et vivre heureux. J'aurai 60 ans bientôt et ça ne me dérange pas de payer plus d'impôt pour que l'éducation soit « gratuite ». Trouvons une formule pour garder les finissants ici afin qu'ils puissent contribuer au développement du Québec et ce sera parfait. Pis si le reste du Canada ne pense pas comme ça, ben vous savez ce qu’il nous reste à faire...

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles


2/21/2012

Le 25¢ à une seule face de Pierre Duhamel


Dans un article de Pierre Duhamel dans l'Actualité, celui-ci mentionne que le fardeau fiscal québécois est 48% plus élevé que celui de l'ontarien. Il se demande:

Si cette tendance se confirme, je me demande jusqu’à quel point les Québécois sont prêts à être taxés davantage pour sauvegarder leur « modèle ». Et jusqu’à quel point certains sont prêts à s’opposer à tous les projets susceptibles de créer du développement économique et de la richesse.
Vous pouvez lire son article ici : http://www2.lactualite.com/pierre-duhamel/2012/02/21/de-mauvaises-nouvelles-en-provenance-de-lontario/

Vraiment une question idéologique. Oui il faut améliorer notre performance économique, mais il y a des façons meilleures que d'autres. Dans l'article cité plus haut, on compare le fardeau fiscal de l'Ontario et du Québec pour conclure qu'on paie davantage. C'est vrai, mais ce qu'on paie n'est qu'un côté de la médaille, il faut aussi mettre dans la balance les services qu'on a pour le prix qu'on paie. Vous viendrait-il à l'idée de téléphoner à deux concessionnaires pour connaître le prix d'une voiture afin de pouvoir comparer sans mentionner la sorte de voiture que vous recherchez? Ce ne serait pas brillant, n'est-ce pas? M. Duhamel, économiste réputé, commet toutefois cette erreur en démontrant que l'ontarien paie 46% moins d'impôts et de taxes que le québécois! Il se garde bien de comparer les services reçus dans les deux provinces. Ça ne fait pas très sérieux, ça ressemble davantage à de la propagande pour la droite économique.

Je ne crois pas qu'on améliorera globalement notre qualité de vie en détruisant nos conditions de travail, en investissant PAS dans les équipements de production et en délocalisant nos entreprises. Encore moins en détruisant les syndicats et le filet social qu'on s'est donné.

Ceci dit, il faut sérieusement convenir de mieux organiser le travail tant dans les gouvernements que dans les organisations para-gouvernementales que dans les grandes industries syndiquées. S'asseoir sur ses acquis nous nuit davantage que de concéder une meilleure organisation du travail pour faire sauver des coûts et améliorer notre productivité.

Par ailleurs, pas question de concentrer davantage la richesse dans les mains des actionnaires, particulièrement dans les grandes entreprises dirigées par des conseils d'administration composés de gestionnaires de fonds et de pdg mercenaires qui ne visent que l'augmentation de profit à court terme au détriment du long terme. D'où leur cabale pour diminuer les impôts, détruire les régimes de retraite, privatiser les services publics et répéter ad nauseam que le public coûte toujours plus cher que le privé. Ce sont d'abord leurs intérêts qu'ils protègent et qu'ils veulent voir augmenter. Le pire dans tout ça, c'est que de nombreux québécois se laissent berner par ce discours de droite et réclament à grand cris les changements proposés par ceux qui détiennent la puissance, la richesse et qui influencent nos gouvernements en les invitant qui dans son chateau, qui sur son yatch, qui encore en voyage...

Grand temps qu'on s'occupe de nos affaires, ce sont NOS ressources, NOTRE main-d'oeuvre et je n'accepte pas de participer à la destruction des acquis sociaux. La richesse est mieux partagée ici que partout en Amérique du Nord, à nous de nous retrousser les manches et d'améliorer ce qu'on fait, pas de le détruire. Une société juste, à défaut d'avoir une société égalitaire qui ne reconnaît ni l'effort, ni le talent.

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

2/16/2012

Qu'est-ce qui mobilise ou enrage les québécois?




Dans le Blogue de l'éditeur du journal La Presse, Mario Roy se demande ce qui a mobilisé le plus les québécois au cours de la dernière année. Y compris ce qui les a le plus enragé...

http://blogues.cyberpresse.ca/edito/2012/02/16/les-%C2%ABvraies-affaires%C2%BB/#comment-100411

La corruption est certes ce qui a mobilisé au plus haut point les citoyens. On l'a vu avec un nombre sans précédent de citoyens exigeant dans une pétition officielle sur le site de l'Assemblée nationale rien de moins que la démission du premier ministre en raison de son refus obstiné de créer une Commission publique d'enquête sur la corruption dans l'industrie de la construction.

Un autre sujet où il n’y a pas eu nécessairement une forte mobilisation, c’est le cas du docteur Turcotte, même si la pétition récente de son ex mobilise davantage depuis qu’elle est passée à TLMEP, ce sujet n'a laissé personne indifférent et plusieurs sont très déçus du système de justice qui en a laissé plusieurs sur leur faim... de justice. 

Je trouve également que le fossé se creuse entre les boomers et les générations X et Y. On entend bien les critiques de part et d’autre entre ces deux groupes et nombreux sont ceux qui sont tout près chez les X et Y d’accuser les boomers d’avoir tout pris  et de laisser les dettes aux jeunes ou chez les boomers d’accuser les X et les Y de se plaindre le ventre plein et de ne pas reconnaître le progrès réalisé depuis 60 ans.

Autre grand sujet de polarisation des débats entre québécois, c’est la gauche vs la droite. On assiste à une fatigue du débat Indépendantiste vs Fédéraliste qui fait place à un nouveau débat gauche vs droite. Ce n’est pas très loin comme débat puisque traditionnellement le PQ a toujours présenté des mesures plus à gauche que les mesures présentées par les fédéralistes. Il faut quand même préciser que tout ce beau monde est plus près du centre dans leurs actions que dans leur discours.

Parlant de gauche et de droite, les sympathisants des deux camps s'entendent curieusement sur le fait qu'il y a trop de taxes, trop d'impôts et que le fardeau étouffe tout le monde. Faut quand même se demander honnêtement si  notre mode de vie en 2012 ne nous entraîne pas forcément dans les dettes et les difficultés financières? Le crédit autrefois à peu près inexistant, est maintenant offert aux étudiants avant même qu'il ne soient sortis des bancs d'école... On veut tout, tout de suite et on veut nous voir payer plus tard. On est inondé de pub où on nous vante «le besoin» de satisfaire «nos besoins» maintenant. Bien sûr dans un tel scénario, les taxes et les impôts c'est toujours trop! 

Un autre enjeu important dans notre société oppose les tenants du développement économique en priorité face aux tenants du développement durable, de l'environnement et du développement social en priorité. Une histoire de l'oeuf ou la poule, difficile à résoudre tant qu'on s'astreint à la tyrannie du «ou» au lieu de chercher le miracle du «et».

Sans mobilisation évidente, il faut quand même parler du mouvement «Occupy» qui même s’il n’a pas mobilisé toute la population, il a quand même suscité la sympathie d’une grande partie de l’opinion publique. Facile de se reconnaître dans le 99% et la crise économique qui nous a fait moins mal que dans d’autres pays du monde, nous a quand même causé biens des maux de têtes. On le réalise de plus en plus avec les débats enflammés sur les régimes de retraite et la difficulté de les capitaliser correctement.

Finalement, je conclurais sur la montée de l’individualisme au détriment du collectivisme. Tous les sujets mentionnés ci-dessus ont le même dénominateur commun : Je suis en faveur de ce qui me profitent et je suis contre ce qui profite seulement aux autres. Il est grand temps à mon avis de cesser de se regarder le nombril et comprendre qu’en aidant ceux dans le besoin, c’est nous mêmes qu’on aide…

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

2/11/2012

Le PQ propose de jouer les Robins des bois !

La récente proposition du Parti Québécois d'abolir la Contribution Santé imposé à tous par un impôt plus élevé pour les riches, l'imposition des gains de capital et la diminution des avantages liés aux dividendes visent-elle une plus grande équité fiscale?


C'est une question difficile à répondre, d'autant plus que c'est le Parti Québécois qui propose cette mesure et qu'il serait tentant selon son allégeance politique de la commenter en la teintant de partisanerie. La question cherche à résoudre un problème d'équité fiscale, pas à savoir si on vote PQ, Libéral, CAQ ou Québec Solidaire. Et en matière d'équité fiscale, le Canada et le Québec devront refaire leurs devoirs. Tant qu'à moi, la mesure du PQ ne règle rien.

Notre régime fiscal est tellement compliqué que plus personne n'y comprend rien. C'est rendu qu'il faut recourir aux services d'un comptable ou d'un fiscaliste si on en  a les moyens pour faire son rapport d'impôt. Comment démêler sur la seule base de la progressivité des taux d'impôts l'équité fiscale de notre régime d'imposition?

Lorsqu'on entend que des personnes très riches ne paient pratiquement pas d'impôt ou que des entreprises multinationales ont réussi à éviter de payer de l'impôt malgré un chiffre d'affaires et des profits records, il y a lieu de se demander sérieusement si l'équité fiscale existe ou si ce ne sont pas que des belles paroles de nos gouvernements.

Lorsqu'on entend que les entrepreneurs sont submergés par la bureaucratie des gouvernements, les taxes, les contributions d'employeurs, les impôts trop élevés au point de nuire à leur compétitivité et à leur productivité et qu'on voit ces mêmes entrepreneurs rouler des véhicules de luxe, payer leur conjoint à la maison pour fractionner leur revenus, déduire leur dépenses personnelles des revenus de leur entreprise, se payer les meilleurs restos, des voyages sur le bras de la compagnie sous prétexte de frais de représentation, prendre des contrats au noir, collecter la TPS et la TVQ et l'empocher plutôt que de la remettre au gouvernement, là aussi il y a lieu de se questionner sur l'équité fiscale.

En bout de ligne le salarié avec ses déductions à la source n'a pas grand échappatoire. C'est peut-être pour ça que le travail au noir prend de plus en plus d'essor au sein des salariés de la construction notamment. Finalement, on a un système injuste qui favorise la tricherie sous prétexte de rendre plus équitables les mesures votées par nos parlements. Ironique non?

Mais alors, la mesure du PQ est-elle souhaitable ou non? S'il n'y a pas de refonte globale du système d'imposition pour le simplifier et le rendre plus équitable, cette mesure ne sera qu'une autre parmi tant d'autre sans véritable résultat sur l'équité fiscale.

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

Statistiques Canada à l'agonie...

L'information est essentielle à la prise de décision. Sans information, c'est l'expérience, le sentiment, l'impression qui dictent la conduite des décideurs. Lorsque les systèmes informatiques n'existaient pas, l'information se résumait à l'essentiel et le fardeau d'analyser les informations parcellaires était tel que bien souvent, le décideur y allait au «pif» se fiant à son instinct.

Nous sommes en 2012, il me semble que la gestion professionnelle ne peut, ni ne doit se passer d'informations de qualité. Même si le «pif», l'instinct, le sentiment et l'impression sont encore de nos jours extrêmement valorisés chez les entrepreneurs, il n'en demeure pas moins relativisés par les prêteurs et les institutions qui évaluent et notent notre solvabilité et évaluent les résultats de nos politiques. Le gouvernement conservateur a pris des mesures pour faciliter la vie aux citoyens et aux entrepreneurs en abolissant les enquêtes plus exhaustives de Statistiques Canada.

http://blogues.radio-canada.ca/geraldfillion/2012/02/10/statistique-canada-isq-federal/?Authorized=1&AuthenticationKey=2_43_9d8e180e-f53e-4bf2-8c1c-a2698df44a0a.pjbigegcmknk

Nous en sommes, et ce n'est que le début, rendus à utiliser notre «pif» et nos impressions pour établir les politiques de ce pays et on a enlevé la capacité des chercheurs d'évaluer les résultats de ces politiques.

Je pense que c'est une erreur qui nuira à la compétitivité du Canada et qui pourrait conduire à des déséquilibres importants dans notre société. C'est dommage un tel recul.

Alain Michaud
Pointe-aux-Trembles

2/02/2012

L'instauration d'un registre des loyers provoquera la vente des baux

Les associations de défenses des locataires demandent avec insistance la création par la Régie du logement du Québec d'un registre des baux. Sous prétexte d'éviter des hausses abusives de loyer lorsqu'un nouveau bail est conclu avec un propriétaire, ces organismes voudraient créer un tel registre afin de permettre à un futur locataire de consulter le dernier prix du loyer qu'il convoite, juger de la hausse et pouvoir la contester ensuite devant la Régie après que le bail ait été conclu. Je vous rapporte un article paru ce matin sur le site Argent du réseau Canoë :


Cette demande est basée sur des statistiques non fondées et non-crédibles Voir le site internet de la Corpiq qui font l'illustration claire que les prétentions de ces organismes sont non-fondées dans les faits.


C'est faux de prétendre que les propriétaires font monter abusivement le coût des loyers. C'est impossible avec les taux affichés par la Régie du logement à chaque année et les petits propriétaires qui forment la très grande majorité des propriétaires de logements sont pris à la gorge avec ces augmentations dérisoires qui ne rejoignent même pas le taux d'inflation.

Aller dans le sens de cette revendication serait une nouvelle façon de tuer le logement locatif au Québec. Par exemple, mon locataire m'a demandé de changer le tapis de son logement pour mettre du bois franc. Coût: 3500$. Savez-vous ce que la Régie m'autorise à donner comme augmentation pour une telle dépense? 9$ par mois. Ça va me prendre 33 ans pour récupérer ma mise, et ce, sans tenir compte des intérêts. Connaissez-vous biens des fabricants de planchers qui garantissent leur plancher 33 ans? C'est absurde et ça décourage l'investissement dans l'entretien et la réparation du parc immobilier locatif, ce qui provoque une détérioration rapide du stock de logements au Québec.

J'ai une autre locataire qui a bouché sa toilette, facture de 350$ du plombier. Je l'ai augmenté de 5$ en juillet, ça vient de bouffer l'augmentation de loyer pour les 6 prochaines années et si vous croyez que je peux lui refiler la facture parce qu'elle est responsable, attelez-vous pour attendre 18 mois pour obtenir une audience devant la Régie du logement et même dans le cas où un propriétaire a gain de cause, il faut encore engager des frais d'avocats pour faire exécuter le jugement, ce qui se traduit en bout de piste par une perte garantie. Mes vieux locataires sont tous 100$ par mois sous le prix du marché dans Pointe-aux-Trembles. Comment voulez-vous que ce soit rentable à ce train. Pas étonnant qu'il ne se construise plus de logements. Les contracteurs ne construisent plus que des condos. Le prix du marché locatif au Québec est plus bas que partout ailleurs et c'est encore trop haut pour les regroupements de locataires.

Un registre des baux ne fera que mettre sur pied un système parallèle de revente de baux où les locataires qui quittent vont mettre leur bail à vendre au plus offrant et ce sera d'autant plus payant de vendre son bail que le prix de son  loyer est largement sous le prix du marché. Ce ne sont pas de telles demi-mesures qui vont mettre fin à la pauvreté au Québec. Ce n'est pas non plus aux propriétaires de partager la richesse dans la société, cela doit se faire par l'impôt sur le revenu. Il n'appartient pas à une seule classe de la société (les proprios) de payer pour des mesures sociales. 

Si le gouvernement veut aider les locataires, il appartient à toute la société de contribuer par le biais de ses impôts sur le revenu. De cette façon, les propriétaires, qu'il soient millionnaires ou qu'ils peinent à joindre les deux bouts partageront leur richesse en fonction des revenus qu'ils gagnent. Autrement, c'est imposer aux seuls propriétaires le fardeau de subventionner les locataires pauvres et riches en refusant aux propriétaires de louer leur logement en fonction du marché locatif dans sa région.

C'est peut-être politiquement rentable de pelleter le problème dans la cour des propriétaires avec le pourcentage de locataires au Québec, mais ce ne l'est pas du tout pour les petits propriétaires qui sont de plus en plus en problème financièrement, d'autant plus, qu'ils se fient sur leur revenus d'immeuble pour rejoindre les deux bouts une fois rendus à la retraite.